«Limbo»: feu de paille circassien

Dans le genre cabaret osé, on a déjà vu mieux que «Limbo» au programme de Montréal complètement cirque.
Photo: Tony Virgo Dans le genre cabaret osé, on a déjà vu mieux que «Limbo» au programme de Montréal complètement cirque.

Malgré les qualificatifs incendiaires réunis pour décrire le cabaret « enflammé » et sexy qui prend l’affiche au Casino de Montréal, on cherche toujours l’étincelle de ce spectacle mi-cirque mi-cabaret dont on sort plutôt éteint.

Dans le genre cabaret osé, on a déjà vu mieux au programme de Montréal complètement cirque, qui, pour la première fois, fait équipe avec Juste pour rire et le Casino de Montréal pour présenter cette production « à couper le souffle » de la troupe australienne Strut & Fret.

Dès l’arrivée au Casino, on se console en se disant que la course à obstacles à travers les machines à sous et le labyrinthe des tables de black-jack en aura valu la chandelle. Erreur.

Pour un cabaret qui s’affiche « osé, risqué, sexy et contagieux », on espérait un peu plus flamboyant.

Ici, le cirque côtoie le pire, avec bling-bling, filles à talons aiguilles et clichés servis en brochette sur une absence totale de mise en scène. À l’heure du souper, le plat est un peu léger.

Au départ, tous les espoirs sont permis quand s’amène sur fond de beatboxing une fanfare étrange menée par un joueur d’harmonica hirsute, chef d’orchestre électrisant en costard blanc, aux allures de maître de piste survolté. Puis, sur une passerelle projetée dans la salle, le cabaret s’ouvre sur un numéro conventionnel de contorsion masculine, suivi d’un catwalk de nanas juchées sur leurs stilettos, sapées en shorts extra-moulants.

À l’entrée en scène d’un danseur de claquettes aussi talentueux qu’athlétique, on se félicite d’avoir échappé à la danse poteau qui semblait nous pendre au bout du nez, ravi que la prestation prenne un peu de mordant. C’était sans compter le retour des midinettes en soutien-gorge qui se trémoussent l’arrière-train et dont les allées et venues incessantes ne riment à rien.

Photo: Che Chorey Trois danseurs agiles réussissent à nous extraire quelques minutes de la torpeur.

Puis, trois danseurs agiles réussissent à nous extraire quelques minutes de la torpeur. L’espoir resurgit lors d’un excellent duo de main à main, suivi d’une scène inusitée où trois artistes se balancent comme des pendules au-dessus du public, au bout de mâts souples comme des roseaux. Une belle idée, mais traitée sans imagination aucune.

Le festival du cliché revient au galop avec l’arrivée de « Gorge profonde », artiste aux seins pigeonnants qui enfonce les sabres dans sa gorge comme un python, après les avoir goulûment léchés. La performance digestive se poursuit ensuite avec un néon et des torches enflammées.

Pour un cabaret qui s’affiche « osé, risqué, sexy et contagieux », on espérait un peu plus flamboyant. On attend toujours la montée érotique dans ce désert sensoriel. Pire, la prestation annoncée d’un équilibriste sur une échelle en flamme est absente du spectacle. Bref, le brasier attendu vire au feu de paille. La compagnie avait pourtant séduit Montréal en 2011 avec Tom Tom Crew, un mélange survolté de beatboxing et de trampoline.

On en vient à prier que Gorge profonde ingurgite le ruine-babines électrique dont le niveau de décibels est inversement proportionnel à l’intérêt famélique de la mise en scène. Lourd.

Logique que ce cabaret façon sous-Las Vegas tienne l’affiche au Casino de Montréal et draine quelques aficionados des machines à sous. Mais on voit mal comment pareil four puisse être programmé dans un festival de cirque. Comme le dit le communiqué de presse : « À faire tomber la mâchoire… »

Limbo

Présenté par Juste pour rire et Montréal complètement cirque.
Au Cabaret du Casino de Montréal.
Jusqu’au 15 juillet.