La belle, la brute et le truand

La présence constante en piste des musiciens et leur rôle de premier plan font de la musique <em>folk</em> d’Éloi Painchaud et de ses fabuleux interprètes les étoiles de cette ode au monde <em>country</em>.
Photo: Jim Mneymneh La présence constante en piste des musiciens et leur rôle de premier plan font de la musique folk d’Éloi Painchaud et de ses fabuleux interprètes les étoiles de cette ode au monde country.

Le cirque Éloize délaisse ces jours-ci son ADN de cirque urbain pour enfourcher un tout nouveau cheval au Festival western de Saint-Tite et faire cavaler le cirque aux côtés de cow-boys et de cow-girls aux bottes bien cirées.

Saloon, la toute nouvelle production de la troupe produite sur mesure pour ce festival country qui attire désormais plus d’un demi-million de visiteurs, était lancée en première jeudi soir, avant d’aller trotter du côté de l’Allemagne, des États-Unis, de la Belgique et de la France.

D’emblée, l’incursion d’Éloize dans cet univers du Far West, peuplé de chercheurs d’or, de filles de joie, de justiciers et de charlatans, prend l’allure d’un grand galop à travers la musique et l’univers country où la chanson et les banjos prennent les devants de la scène.

D’ailleurs, la présence constante en piste des musiciens et leur rôle de premier plan font en fait de la musique folk d’Éloi Painchaud et de ses fabuleux interprètes les étoiles de cette ode au monde country, campée dans une « boom town » du fin fond de l’Amérique. À la manière d’Assurancetourix dans le village retiré des Gaulois, les trois musiciens du groupe The Vultures donnent le ton et scellent le rythme de cette chevauchée au royaume des rodéos.

Mis en scène au quart de tour par Emmanuel Guillaume dans un décor sobre mais ludique signé Francis Farley, Saloon (présenté sous chapiteau) se mute tour à tour en vieux bar poussiéreux, en hôtel de passe et en galeries de mines, prises d’assaut par des chercheurs d’or, des brutes ou de jeunes conquérants en fuite. Coups de vent, airs à la Ennio Morricone et bruits de mouche qui volent finissent d’insuffler à cette production des airs de western spaghetti, tant les clins d’oeil et emprunts aux icônes de Sergio Leone y pullulent. On a la belle, la brute, ne manque qu’un vrai truand ou un Clint Eastwood pour compléter la mise.

Belle à la cuisse légère, la pétillante Justine Méthé Crozat (au cerceau aérien, main à main et équilibre), est le point de mire de cette production, qui s’avère a priori beaucoup plus musicale qu'acrobatique, par rapport aux créations précédentes d’Éloize.

Porté par 12 artistes musiciens polyvalents qui passent de la danse, à la comédie et à la musique avec une habileté déconcertante, Saloon séduit dans les nombreuses acrobaties vocales de Sophie Beaudet, brillante dans les reprises nasillardes de Patsy Kline, et les envolées aux banjos de Ben Nesrallah et Trevor Pool qui parsèment tout le spectacle.

Moins spectaculaire que I.D. avec ses numéros échevelés de trampo-mur, ou léchée que Cirkopolis, Saloon ne monte pas sur ses grands chevaux côté prouesses physiques – Bien que le soir de la première, trois numéros de planche coréenne, de mat chinois et de roue Cyr manquaient à l’appel pour des raisons techniques –, mais réussit malgré tout à mettre le public en selle grâce au rythme soutenu et à la vivacité de la mise en scène.

Saloon

Cirque Éloize, Festival Western de Saint-Tite, jusqu’au 14 septembre