La chute de l’homme ben ordinaire

Emballé par les musiques du Charlebois, le public en oublie presque de jauger les numéros de cirque, qui sont quasiment relégués à l’arrière-plan de ce spectacle-hommage.
Photo: Étienne Boisvert Emballé par les musiques du Charlebois, le public en oublie presque de jauger les numéros de cirque, qui sont quasiment relégués à l’arrière-plan de ce spectacle-hommage.

Entre le Cirque du Soleil et Robert Charlebois, qui choisir ? C’est la question qu’on se pose en quittant Tout écartillé, le spectacle-hommage à Robert Charlebois que le Cirque du Soleil présente jusqu’au 13 août à l’amphithéâtre Cogeco de Trois-Rivières.

Assis sur l’un des 3500 sièges de ce vaste amphithéâtre inauguré l’an dernier, baigné par la brise du Saint-Laurent, on attend, on n’y peut rien, les grandes chansons qui ont marqué notre jeunesse : Tout écartillé, tellement propice au numéro de cirque, mais aussi Te v’là, Les ailes d’un ange, ou Lindbergh, qui sera finalement livrée en fin de spectacle, alors que deux artistes jouent à la corde à danser sur la roue de la mort.

Robert Charlebois voulait franchir le mur du son, les artistes du Cirque du Soleil ont pour métier de franchir le mur de leurs limites.

Le spectacle Tout écartillé propose de plonger dans l’univers délicieusement psychédélique des années 1960 et 1970, costumes noir et blanc, perruques blanches ou orange, motocyclettes sur scène et autres circassiens casqués pour affronter le firmament cosmique qui faisait tant rêver le Charlebois des jeunes années, à une époque où l’homme mettait pour la première fois le pied sur la Lune.


Numéros presque oubliés
 

Emballé par les musiques du Charlebois des meilleures années, donc, sollicité par la beauté des costumes, le public en oublie presque de jauger les numéros de cirque, qui sont quasiment relégués à l’arrière-plan de ce spectacle-hommage.

Comment, en effet, ne pas suivre les paroles décadentes de la chanson Te v’là alors que la contorsionniste Marjorie Nantel se fait porter par un groupe d’hommes forts admiratif.

Comment ne pas se laisser dériver par la douce folie des paroles de Lindbergh, au point de ne plus saisir l’ampleur du risque que prennent deux hommes juchés sur une redoutable roue de la mort, en fin de spectacle ?

Sur la musique de Fu Man Chu, on remarquera le remarquable numéro de diabolos de Dominique Bouchard et sa suite, mais est-ce tout simplement parce que cette chanson nous saisit moins aux tripes que les autres, nous laissant du coup plus de disponibilité pour apprécier le spectacle ?

C’est peut-être dans la chanson Ordinaire, au cours de laquelle Kent de Mond prépare simplement sa chute des hauteurs où le showbizz l’a porté, que les deux missions du spectacle, porter la musique de Charlebois et donner un spectacle de cirque, se conjuguent le plus naturellement.

Parce qu’en alliant ainsi les grands noms de la chanson québécoise à un spectacle de ses artistes circassiens, le Cirque du Soleil prend le risque de faire passer ses prouesses à l’arrière-plan de l’inévitable pulsion nostalgique du public en liesse.

On ne pourra en tout cas reprocher au géant du monde du cirque, désormais détenu par des intérêts principalement américains et chinois, de ne pas célébrer ses origines québécoises.

Peut-être que cette série de spectacles, réservés à l’amphithéâtre Cogeco de Trois-Rivières, en Mauricie, lieu d’origine du président du Cirque du Soleil, Daniel Lamarre, sert précisément à cela, dire et redire l’amour du Cirque du Soleil envers le Québec, quoi qu’il arrive.