À la barbe des conventions

« Dans les villes de par le monde, en tournée, on se fait souvent traiter de “barbus”. On est toujours un petit clan à part. »
Photo: Annik Mh De Carufel Le Devoir « Dans les villes de par le monde, en tournée, on se fait souvent traiter de “barbus”. On est toujours un petit clan à part. »

Il est de retour en piste, le clan Carabinier-Lépine, alias le Cirque Alfonse, chantre de la québécitude, de sa riche histoire et des archétypes qui s’y rattachent. À cheval entre la nostalgie d’un passé fantasmé et une approche pluridisciplinaire résolument moderne, le Cirque Alfonse propose, avec Barbu – Foire électro-trad, un spectacle à la fois de la continuité et du renouveau.

 

Timber !, leur précédente création lancée en 2011, revisitait l’univers des camps de bûcherons de naguère, lequel univers seyait parfaitement à la dégaine pileuse des artistes masculins de la compagnie. Barbu – Foire électro-trad, pour sa part, s’inspire plutôt du milieu circassien québécois de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Le cirque dans le cirque, en somme. Encore une fois, on explore l’histoire québécoise.

 

« Dans ce show-ci, le traditionnel est mélangé avec une sensibilité électro, comme le titre l’indique. La musique de David Simard et André Gagné est omniprésente. Son rôle est majeur dans Barbu. On a commencé la création cet hiver entre deux tournées de Timber !. Ça s’est essentiellement passé entre Joliette et Montréal », relate Antoine Carabinier-Lépine, cofondateur du Cirque Alfonse.

 

Cohérent, donc, le fond est ici renouvelé par la forme. En effet, la grande nouveauté de Barbu – Foire électro-trad, c’est qu’il s’agit non plus d’un spectacle présenté sur une scène à l’italienne, mais d’un cabaret conçu pour une scène circulaire.

 

« La proximité est plus grande avec le public, qu’on va faire participer. L’idée a germé à Londres alors qu’on y jouait Timber ! pendant un mois. Un soir, on est allés voir un cabaret qui nous a vraiment allumés. Puis on s’est dit : pourquoi on n’en ferait pas un, cabaret ? S’inspirer des foires et des fêtes foraines du début du XXe siècle au Québec, notamment celles du parc Sohmer à Montréal, c’est venu naturellement. En première partie, on recourt beaucoup à des projections d’images de la campagne, de la nature ; on reste près de nos racines. L’environnement scénique est toutefois plus moderne qu’avec Timber !

 

Une démarche authentique

 

Entourés de Geneviève Morin, de Geneviève Gauthier et de Josianne Laporte, les Antoine Carabinier-Lépine, Jonathan Casaubon, Francis Roberge, Matias Salmenaho, ainsi que l’inénarrable Jacques « Groslette » Schneider n’ont pas renoncé pour autant à leur allure savamment « habitante ». C’eût du reste été une hérésie.

 

De fait, huit ans après sa création, le Cirque Alfonse a certes développé une démarche et une signature artistiques nettes. Or, si on reconnaît d’emblée ses artistes, c’est bien à cause de leur look distinct. En forme, forcément, ces messieurs de la troupe affichent néanmoins des silhouettes enrobées par la bonne bière, dont ils chantent les vertus. À cela s’ajoutent les longues chevelures et les barbes fournies. On est loin des corps glabres et ciselés qu’exhibent la plupart de leurs pairs.

 

« Dans les villes de par le monde, en tournée, on se fait souvent traiter de “barbus”. “Regarde la gang de barbus !” On est toujours un petit clan à part. On a un côté brut, c’est certain. La plupart d’entre nous sommes sortis de l’école de cirque depuis une quinzaine d’années. On n’est plus des petits athlètes fringants. Nos corps ont changé. Non seulement on l’assume, mais on le revendique. Nos objectifs ont évolué. Pour moi, un salto simple, s’il est senti, vaut plus qu’un triple salto exécuté mécaniquement. C’est une question d’authenticité. Ça aussi, ça fait partie de notre démarche », conclut Antoine Carabinier-Lépine.


 

Barbu – Foire électro-trad

Du 4 au 12 juillet au théâtre Telus (1280, rue Saint-Denis). Information : montrealcompletementcirque.com