Festival mondial du cirque de demain - Autres générations, autres cirques

Les contorsionnistes tanzaniens Robert et Abillahi
Photo: Wilfrid Fontaine Les contorsionnistes tanzaniens Robert et Abillahi

Pour son troisième tour de piste au Québec, le Festival mondial du cirque de demain emprunte des routes un peu plus déjantées. Lors de la première, mardi soir, l’originalité l’a emporté sur la performance, au gré des prestations d’une douzaine de jeunes artistes tous plus singuliers les uns que les autres.

Paris, il faut croire, se syntonise plus que jamais à l’heure du cirque nouveau. La compétition qui a longtemps salué les prestations très techniques, mais parfois artistiquement discutables, a réglé cette fois-ci ses pendules sur le cirque d’avant-garde.


À preuve, on a découvert mardi le jeune jongleur chinois Ba Jianguo, un autodidacte repéré sur la rue qui a conquis Paris avec son numéro de toupie électrisant, à des lieues des prestations d’automates souvent servies par les protégés des écoles officielles chinoises. Accompagné du vrombissement constant de sa toupie, l’artiste livre un numéro foncièrement personnel tout en restant ancré dans un art ancestral quasi mystique.


L’humour se pointe lors des apparitions répétées de Bert et Fred, deux acrobates belges qui forment un couple de dépendants socioaffectifs, rompus à l’art du lancer du couteau, du marteau, du fouet ou des dards. Pied de nez à la tradition, le tandem sadomaso inverse les rôles et c’est la femme qui décoche les lames. Dans plusieurs scènes hilarantes, la dominatrice somme son partenaire de se pointer devant son attirail et la bonne pâte accepte à tout coup par un laconique « O.K. ». Un duo comique, drôle, simple, mais parfaitement efficace.


Autre couple bancal que celui de Chris Iris, deux Allemands dépareillés où le mâle dépasse de deux pieds sa partenaire miniature. Sans musique, le numéro vire à la thérapie de couple sympathique, où l’originalité l’emporte sur la technique.


Le trio suisse des Starbugs, qui mêle le hip-hop à la clownerie et multiplie le lip-synch sur une bande sonore déjantée, exploite lui aussi le filon de l’humour, mais sans rien révolutionner. Le clou de la soirée revient sans conteste à l’inclassable Camélia, où Julia Mathez, de la troupe française Le Boustrophédon, campe une ex-ballerine de 72 ans, camouflée sous une marionnette au visage flétri. Juchée sur un piano, l’acrobate escalade sur ses pointes de danseuse de délicates coupes de verre dans un tableau purement poétique, évoquant avec force l’indicible fragilité de la vieillesse.


Même originalité pour Morgan, jongleur atypique qui manie l’art de la chute plus que celui du lancer de la balle, et pour les contorsionnistes tanzaniens Robert et Abillahi, deux lianes humaines qui s’entortillent sur des rythmes africains. Au final, ce festival réunit sur la piste une nouvelle génération de circassiens, qui préfère l’exploration et l’humour aux figures imposées. Et on s’en porte très bien.