Cirque - Domino les hommes ont chaud!

Une scène du spectacle Timber!
Photo: Luce TG Une scène du spectacle Timber!

Ça swingue, ça sue, ça s’envoie dans les volées de bois vert, mais ils ont la couenne dure ! Timber ! du Cirque Alfonse recrée à la Tohu un petit coin de cabane au Canada « gossé » en plein coeur de la ville. Dans ce faux camp de bûcherons pris d’assaut par la famille Carabinier, des gaillards barbus font voltiger des troncs d’arbre, des billots massifs et des haches bien affûtées au son des violons et des guimbardes.

Avant même qu’ils mettent le pied dans la salle de spectacle, les guimauves qui grillaient dehors sur les feux de bois et le panache d’orignal accroché à un mur de la Tohu ont tôt fait mardi soir de plonger les spectateurs en plein « chantiers » sortis de la turlutte des années dures.


Dix-huit mois après sa naissance, la fable boréale du Cirque Alfonse, inspirée par la vie dans les camps de bûcherons, est visiblement beaucoup plus équarrie qu’à ses débuts. Malgré son style encore brut, les artistes ont approfondi la maîtrise des accessoires inventés de toutes pièces, inspirés de la foresterie, qui remplacent les gréements traditionnels du cirque.


En camisoles et en pantalons à bretelles, les trois barbus du groupe se colletaillent aux billots et aux bâtons transformés tantôt en planche sautoir, tantôt en barre russe version « canadienne », tantôt en rola-bola, dans une scène inspirée par la drave.


Avec la musique traditionnelle en bandoulière et l’esprit de famille en poche, Timber ! décline sur des reels endiablés les tableaux du lancer de la poche de patates et des tours pendables, joués au papi du groupe encabané dans sa « bécosse ». À 68 ans bien sonnés, le grand-père Carabinier, avec sa barbe blanche, propulsé dans les airs du fond de sa chaise berçante ou hissé au sommet d’une colonne à trois, laisse le public béat à plusieurs reprises. Spectaculaire, la jonglerie à quatre exécutée avec des haches réserve aussi quelques sueurs froides aux spectateurs de la première rangée.


Avec des cuisses et des bras comme « des troncs d’ââârbres », le trio de costauds en capots de poil vole la vedette avec ses équilibres improbables menés sur bûches et ses voltiges au-dessus d’une sciotte bien aiguisée. Livré sur une corde de chanvre, le numéro de balançoire et de sangles apporte un soupçon de douceur à cette métaphore forestière autrement taillée à la hache.


Dans cette prestation d’une heure trente menée à fond la caisse, la musique est l’élément contagieux. Malgré quelques numéros moins forts, ce cirque extrême, livré par trois générations avec humour et sans artifices, séduit par sa sincérité et son inventivité. Le tout se termine dans un festif numéro de planche sautoir. Rendu là, c’est l’heure de passer à la soupe. Domino les hommes ont chaud !