James Thiérrée de retour au Québec

Dans un décor d’apocalypse, la quête intérieure de ce Raoul, visité par démons et merveilles, a depuis grandi avec l’artiste multitalentueux James Thiérrée.<br />
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Dans un décor d’apocalypse, la quête intérieure de ce Raoul, visité par démons et merveilles, a depuis grandi avec l’artiste multitalentueux James Thiérrée.

Son Raoul avait dû quitter Montréal en 2010 en catastrophe, blessé au mollet. L'atypique créateur James Thiérrée sera de retour au Québec l'automne prochain pour renouer avec le public québécois, laissé avec l'espoir de revoir son ensorcelante épopée à travers l'imaginaire d'un homme seul.

Le premier tour de piste du petit-fils de Charlie Chaplin à la Tohu, à l'automne 2010, avait en effet pris fin avec le claquage brutal d'un muscle en plein spectacle, forçant l'annulation de cinq représentations à guichets fermés.

Depuis, les conquis étaient en manque. Les autres, qui avaient raté ce rare moment de transe, seront heureux de découvrir ce Raoul et sa folle dérive du 4 au 13 septembre pour ouvrir la saison de la Tohu. Deux ans plus tard, Thiérrée remonte en selle le mollet frais et dispos, et tient promesse avec un Raoul que la blessure du corps a rendu encore plus poignant.

«Cette blessure m'a permis de faire encore plus confiance à la trame du spectacle qui est l'exploration de soi-même. Raoul est resté solide malgré l'adaptation qu'a nécessitée cette démission de mon corps. Il a fallu une sacrée adaptation, car Raoul, c'est un feu d'artifice. Mais avec une jambe de bois, ce n'était plus une fête des ressorts du corps!» a expliqué Thiérrée hier, joint à Paris.

Après la blessure survenue à Montréal, Thiérrée a présenté Raoul dix jours à New York, malgré la douleur, avant de se résoudre à adapter le spectacle pour permettre la poursuite de la tournée. Depuis, le spectacle-performance, qui allie danse, acrobatie, mime et théâtre physique, a repris sa pleine puissance et été présenté jusqu'en Nouvelle-Zélande. «Je suis très content de revenir à Montréal. J'avais dit qu'on n'en resterait pas là, promesse tenue!» s'est-il réjoui hier.

Dans un décor d'apocalypse, la quête intérieure de ce Raoul, visité par démons et merveilles — dont les bêtes fantastiques créées par sa propre mère, Victoria Chaplin —, a depuis grandi avec l'artiste multitalentueux. «J'ai évolué avec ce spectacle, car une telle traversée ne supporte pas l'immobilisme», insiste Thiérrée, tout juste arrivé d'une tournée australienne.

Entre les cris du coeur, les prouesses physiques, l'intensité théâtrale et la musique qui traverse ce spectacle muet, Thiérrée affirme qu'il n'a de cesse «de resserrer ce combat, cet acharnement de vie de Raoul contre les adversités».

Déjà plongé en pleine création pour son prochain spectacle, une création dansée pour dix interprètes plus que jamais tournée vers les corps, Thiérrée espère déjà remettre Montréal au calendrier, dans l'année qui suivra la première de Tabac rouge en juin 2013 à Lausanne, sa ville natale.

Cette fois, il sera en coulisse, puisque l'exigeante tournée de Raoul l'a incité à prendre une pause des plateaux de scène. «C'est un spectacle tellement physique que je passe à la caisse à la fin! Il y a maintenant une volonté de me retirer du plateau et de faire parler les interprètes», affirme l'artiste, qui poursuit en parallèle son métier de comédien et l'écriture de scénarios de film.

Après avoir joué les riches héritiers (Désaccord parfait, 2005), ce qui lui a valu le César du meilleur espoir masculin en 2007, et les fous au grand écran pour Tony Gatlif (Liberté, 2009) et Claude Miller (Voyez comme ils dansent, 2010), Thiérrée se dit un peu lassé «de jouer les personnages extrêmes qui finissent dans un trou! On ne vient pas me chercher pour des rôles d'avocats et de monsieur Tout-le-Monde...» Pourtant, dit-il, son Raoul, sous ses hardes sombres, est plutôt habité par «la lumière, la joie, la vie». Joie en vue, donc, pour ce Raoul bis, à l'automne à la Tohu.