Entretien avec Pascal Greggory

Touché par la grâce du talent, de la beauté et de la reconnaissance des plus grands (Rohmer, Téchiné, Ruiz), Pascal Greggory, à 52 ans, incarne l'exigence de l'acteur au sens où l'entend le grand Laurent Terzieff. Quatre questions, et quatre réponses, ne sauraient prétendre circonscrire la carrière, ou la démarche, d'un artiste qui ne ressemble à aucun autre.

Le Devoir. Dans vos souvenirs de cinéma, quelle place occupe Éric Rohmer, avec qui vous avez tourné cinq films [dont Pauline à la plage]?

Pascal Greggory. Une place primordiale. À l'époque où j'étais jeune, il m'a fait prendre conscience de ce que c'était que ce métier. Il m'a donné une chance inouïe.

Sa démarche est assez radicalement différente de celle de Patrice Chéreau, à l'univers duquel on vous associe aujourd'hui.

En effet. Dans les films de Rohmer, l'acteur n'a rien à faire que d'être lui-même. C'est parfois un peu dangereux pour l'acteur, mais en même temps c'est merveilleux parce que c'est une aventure collective, qui nous donne l'impression de contribuer autrement à l'expérience du cinéma. Quand on a vingt ans, c'est très excitant, parce qu'en plus les films sont tournés à la boy-scout, avec trois bouts de ficelle. En vieillissant, on accepte un peu moins ces conditions.

L'acteur est-il plus en danger dans un film comme Gabrielle?

Par définition, l'acteur est toujours en danger. Ça n'aurait aucun sens de faire ce métier autrement. Chaque fabrication d'un nouveau personnage est un danger, et le danger d'être mauvais nous guette toujours, quel que soit le projet.

Est-ce que votre expérience au théâtre, auprès de Patrice Chéreau, a été fondatrice dans votre façon d'aborder le rôle ou d'envisager le film?

On ne peut pas nier cette expérience, donc on s'en nourrit. Cela dit, je n'ai pas abordé le film comme un texte théâtral. Certes, jouer au cinéma et jouer au théâtre ne sont pas deux actes si différents, mais il importe de les aborder de façon différente. Ici, le texte est considérable, mais, contrairement au théâtre, où l'acteur doit le savoir par coeur d'un bout à l'autre, au cinéma on éprouve une sorte d'exaltation à ne pas le savoir, à l'apprendre par bribes, au gré du tournage, ce qui induit une forme de danger immédiat au moment de la prise.

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