Vraiment terrifiant

À côté de Hostel, Woolf Creek, en salle en ce moment, tient du film pour enfants de choeur. Rien de plus terrifiant que cet Hostel d'Eli Roth, pour lequel Quentin Tarantino agit à titre de producteur exécutif. Eli Roth s'était d'abord fait connaître en 2002 avec Cabin Fever, également terrifiant.

Cette fois, il glace littéralement les sangs. Les amateurs de gore se délecteront en salivant. Les âmes sensibles se tortilleront sous le malaise et la peur. J'avoue pour ma part en avoir manqué des bouts, cachée sous mon siège aux moments trop sanglants.

L'histoire est celle de deux jeunes et beaux Américains (Jay Hernandez et Derek Richardson) partis en Europe s'envoyer en l'air avec des beautés locales. À Amsterdam ils rencontrent un Islandais (Eythor Gidjonsson), puis un Néerlandais (Jan Vlasàk), qui leur recommandent le fin du fin dans une ville slovaque: les plus belles filles, prêtes à tous les fantasmes dans un hôtel spécialisé. Les voilà donc partis vers la cité des délices. Comment l'aventure érotique, d'abord idyllique, virera au pur cauchemar, comptez sur Eli Roth pour vous le démontrer avec force détails sanglants et péripéties morbides, qui constituent l'absolue contre-publicité pour la République tchèque et la Slovaquie (cadres du tournage). Le film est coté R, pour scènes de torture, de baise, ainsi que d'extrême violence. On comprend vite pourquoi...

Les beaux décors tchèques et slovaques dans des demeures médiévales rendent l'épouvante aiguë par effet de contraste. D'autant plus que la réputation des pays sortis de la coupe soviétique rime dans l'imaginaire avec barbarie et mafias sans pitié. D'où les frissons supplémentaires. Les deux héros américains sont joués de façon assez monolithique, mais Rick Hoffman incarne avec beaucoup de présence et une vilenie sans faille le riche Américain amateur de torture. Quant à Barbara Neljakova, elle campe une entraîneuse sans scrupules avec une férocité exemplaire. Le Tchèque Jan Vlasàk, en sinistre compère, est excellent aussi.

Quant au reste, le scénario apparaît tissé d'invraisemblances, ce qui ne le rend pas moins efficace pour autant. Précisons que les jeunes gens et quelques jeunes Asiatiques se retrouvent vendus à un groupe de bourreaux qui pratiquent la torture, la chirurgie des corps et la mise à mort de leurs victimes avec délectation. Une bande d'enfants des rues qui réclament des bonbons comme rançons et sèment la mort n'est pas l'élément le moins inquiétant de cette histoire. Un des films les plus terrifiants qui aient gagné l'écran, collé non seulement à ses scènes de violence mais aussi à la forme du thriller psychologique mené de main de maître avec un crescendo diabolique.

C'est bien fait en plus, réalisé comme un film indépendant, sans les recettes archi-connues de Hollywood, hormis des effets musicaux de circonstance trop présents. Milan Chadima, le directeur photo, est tchèque et apporte à l'image une qualité européenne. Les films gore plaisent énormément à une clientèle adolescente et à certains adultes amateurs de sensations fortes. Ils en auront pour leur argent. Les natures fragiles feraient mieux de s'abstenir.

Le Devoir

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1 commentaire
  • Henri-Bernard Boivin - Abonné 8 janvier 2006 09 h 50

    Dégueulasse!

    Merci, Mme Odile, de nous avoir avertis du caractère archi-violent de ce film, que je n'irai pas voir, bien entendu. J'aurais souhaité percevoir dans votre texte, plutôt que de l'admiration pour le travail bien fait, un soupçon de répugnance, de révolte à l'égard de ce type de produit destiné à des malades plutôt qu'à des gens normalement constitués...(que vous qualifiez d'âmes sensibles--dont il reste encore quelques spécimens en notre société, je l'espère) Faut-il s'étonner de tous les crimes qui sont commis lorsque l'on glorifie de telles saloperies dans les médias? Ce genre de films devrait être dénoncé, pas mis sur un piédestal.