Cinéma - Les films des frères Lumière reprennent vie

Singapour — Les premières images mobiles de coolies et de kimonos avaient été tournées par les frères Lumière: elles avaient subjugué l'Europe, mais étaient depuis largement remisées dans des placards poussiéreux.

La Cinémathèque d'Asie du Sud-Est (SEAC), basée à Singapour, promet de les faire ressusciter, cette fois pour montrer à l'Asie comment elle vivait il y a plus d'un siècle.

Se disant première cinémathèque à l'envergure aussi régionale, la SEAC a été créée en juin sous le nom de Sinematek Singapura (Cinémathèque de Singapour) avant d'être rebaptisée en novembre Cinémathèque d'Asie du Sud-Est afin de mieux refléter sa stature internationale.

«Notre mission est de faire partager le patrimoine cinématographique de l'Asie du Sud-Est», explique Shirlene Noordin, sa directrice. Qu'il s'agisse de films du cru ou tournés par des Occidentaux, comme Auguste Lumière et son frère Louis, l'inventeur du premier cinématographe, en 1895.

À partir de janvier, la SEAC va ainsi diffuser chaque mois des films des deux Français, notamment ceux tournés au Japon et en Indochine il y a environ un siècle.

Aux côtés de ces trésors français figurent également les premiers films de Singapour, de Malaisie et du Cambodge. La SEAC prévoit ouvrir des représentations en Malaisie, voire en Indonésie, deux pays voisins où ont été tournés de nombreux films présents dans les archives de la cinémathèque.

Parmi les «perles», figurent bien sûr les oeuvres des Lumière, mais également des films plus récents comme Cinq gars pour Singapour, du Français Bernard Toublanc-Michel, un film d'espionnage sorti en 1967 et tourné dans la ville-État.

La SEAC a également déterré de nombreux chefs-d'oeuvre oubliés, comme Rice People (Les Riziculteurs) du Cambodgien Rithy Panh, film qui avait fait l'objet d'une nomination pour la Palme d'or du Festival de Cannes en 1994.

«Cela a commencé comme une collection personnelle. Certains films sont très, très anciens, mais nous avons réussi à les retrouver», explique la directrice. Il a fallu quatre ans de recherche pour réunir un premier fonds d'archive, précise le codirecteur de la SEAC Raphaël Millet.

«On pensait tout simplement que ce serait bien de les partager, de ne pas les garder pour nous», explique le critique de cinéma.

Afin de toucher le plus grand public, la SEAC prévoit prendre part aux festivals de la région. Le premier sera celui de Hong Kong, ce mois-ci, où la cinémathèque singapourienne présentera deux films.

La SEAC, organisation sans but lucratif dirigée par un conseil de critiques, de réalisateurs et de programmateurs de festivals, va également mettre en place, dès février, une base de données cinématographique disponible sur le Net.

«Le cinéma, c'est une sorte de mémoire sociale. Des édifices et des monuments sont détruits tous les jours. Ces films sont un moyen de garder la mémoire», explique la directrice.

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