La cinéaste française Valérie Minetto au Festival du nouveau cinéma - Oublier Cheyenne, témoignage de la marge

La cinéaste française Valérie Minetto est de passage au Québec dans le cadre du FNC.
Photo: Jacques Grenier La cinéaste française Valérie Minetto est de passage au Québec dans le cadre du FNC.

La Française Valérie Minetto roule avec son film dans le circuit des festivals de cinéma. Une douzaine de stations, avec atterrissage à Montréal cette semaine au Festival du nouveau cinéma (FNC). Oublier Cheyenne circule un peu partout donc, mais sans avoir encore connu de sortie commerciale chez lui. Le film vient tout juste de trouver un distributeur en France, dont il gagnera les écrans en mars.

Au FNC, Valérie Minetto forme un tandem avec sa coscénariste et compagne Cécile Vargaftig. Valérie avait des courts métrages et des documentaires à sa feuille de route, avait tâté aussi des arts visuels. Cécile a travaillé en scénarisation sur des oeuvres comme Le Ciel de Paris, Stormy Weather, Le Lait de la tendresse humaine, etc.

Toutes deux se considèrent comme des artistes marginales, qui évoluent loin des circuits de copinage des privilégiés du système. Premier long métrage, réalisé à très petit budget (500 000 euros, soit environ 750 000 $CAN), sans têtes d'affiche, Oublier Cheyenne n'a pas reçu d'appui de départ d'une chaîne télé française. Il est né de la marge et en témoigne.

Tourné entre Paris et le Jura, le film constitue une oeuvre sur la précarité. Au travail, en amour, à l'école aussi. Précarité familière à Valérie Minetto.

«Des intellectuels, journalistes, chercheurs, professeurs, travaillent de plus en plus dans des conditions précaires en France, affirme la cinéaste. Nous nous battons pour faire reconnaître notre statut.»

Oublier Cheyenne raconte une histoire d'amour entre deux femmes. La cinéaste et la scénariste estimaient important d'aborder l'amour lesbien sans le marginaliser. «Le film nous ressemble», disent-elles en choeur. Valérie Minetto a découvert au théâtre Aurelia Petit (l'enseignante). «Mila Dekker [Cheyenne] est une nouvelle venue dont j'appréciais l'intensité. L'important, c'est qu'un couple soit crédible à l'écran. C'est leur cas.»

Le film aborde aussi avec style l'univers d'une certaine gauche radicale, assez inexistante au Québec. D'où un manque de repères... En France, les journalistes riaient, paraît-il, au cours du visionnement de presse. Pas ici. Tout est question d'identification.

«Depuis une dizaine d'années, on voit monter en France un mouvement de gens qui refusent la société de consommation pour des raisons d'abord économiques, explique Valérie Minetto. Vingt pour cent de la population — des trentenaires souvent — se retrouvent au chômage. Plusieurs quittent la ville pour aller vivre dans des roulottes à la campagne, sans électricité souvent.»

Valerie Minetto explique que ces nouveaux primitifs n'ont rien à voir avec les anciens babas cool soixante-huitards, parce que leur rupture sociale se joue sur fond de nécessité et de «no future» au bout du tunnel. «Aujourd'hui, plus de gens quittent la ville pour la campagne que l'inverse. Il est devenu trop difficile de vivre à Paris.»

Ces nouveaux sauvages portent un visage dans le film, celui de Cheyenne, jeune journaliste mise au rancart, qui prend le maquis en province dans une roulotte glaciale, assurant sa survie grâce à la chasse et à la pêche, rejetant tous les codes de la société de consommation.

Le film met également en scène Sonia, enseignante à Paris, grand amour de Cheyenne, qui, entre amant et maîtresse, ne peut oublier son ancienne compagne. L'amour s'est brisé sur des arêtes économiques, d'où une réflexion sur la société en perte d'humanisme amorcée par la cinéaste.

«En tant qu'artistes, il est important de parler du monde dans lequel on vit, précise Cécile Vargaftig. Le gouvernement ne défend plus les services publics. Les gens regardent trop la télé. Les valeurs changent... Mais on se battra.»

Prochaine étape dans le parcours de Valérie Menetto: un documentaire sur le père de Cécile, Bernard Vargaftig, poète qui fut un enfant juif russe caché dans la région lyonnaise. Plus tard, une fiction abordant les élections constitutionnelles européennes, un certain jour de la fête des Mères, avec famille s'entredéchirant devant leur petit écran.
1 commentaire
  • claire menanteau - Inscrite 3 avril 2006 14 h 00

    Une triste comédie: pourquoi cette intolérance ?

    Docteur es lettre, art-thérapeute, auteur-compositeur, lesbienne et prof, j'étais intéressée par ce film présenté comme en marge.

    En plus, son titre évoquait le titre d'une chanson que j'avais écrite pour mes parents et confiée à mon amie journaliste nancéenne installée près de Saumur à l'époque où je ne m'étais pas encore aperçue qu'elle m'avait volé des textes et menait une triple vie avec un de ses collègues et une femme d'une autre région: "Jeux d'indiens plumes au vent".

    L'histoire me rappelle notre histoire, sauf qu'on aurait juste à intervertir les statuts (la prof est une écolo, refuse les compromissions, la journaliste veut absolument réussir dans le système et devenir riche et quitte l'autre car ce n'est pas sa priorité à elle)

    Mais quelle déception! Ce film est d'une grande intolérance, au fond..., d'une immaturité et d'un politiquement correct qui lui sont assez dommageables. En somme, le dialogue n'est possible qu'à partir du moment où Cheyenne renonce à sa différence, à ses valeurs pour revenir auprès de la prof qu'elle aime mais qui ne la respecte pas comme personne, qui lui dénie toute identité, lui demande de changer, instaure un rapport de force inouï, guerrier, et bien loin de la dimension d'acceptation de l'Autre et de respect qui existe en amour et aussi en amitié.

    Par ailleurs, la caricature écolo altermondialistegaucho versus la représentation convenue et si fausse de la fonctionnaire ancrée dans le système est à la limite de la démagogie. Elle verse dans le politiquement correct dès lors que Cheyenne doit obéir à la volonté de l'autre pour qu'elle puisse la retrouver, répondre oui à un système qu'elle déplore et à une femme qui ne l'aime pas assez pour tolérer qu'elle puisse le critiquer.

    Le thème aurait pu être porteur d'innovation pour peu qu'il eût été soutenu par un vrai sens, une réelle connaissance de la psychologie humaine. Il est malheureusement très (trop?) nombriliste et manque de tolérance, faisant de la compromission de l'une la seule possibilité de communication et de dialogue avec l'autre. Quelle tristesse, vraiment!
    Votre portrait du prof ressemble vraiment à Fabienne T. Quant à Cheyenne elle me ressemble beaucoup dans son amour de la nature, sa douceur, sa pratique du Taïji quan, refus de compromission (personnelle et artistique, pour moi, qui a fait que j'ai été en désaccord avec Fabienne en 2000 en m'apercevant qu'elle me mentait, m'avait trompé depuis 98 et réécrivait sans mon accord et sans les signer, bien-sûr!,des textes que je n'avais pas protégés parce que je vivais dans des conditions précaires et n'avais pas les moyens d'écrire les partitions pour la sacem, et parce qu'elle m'avait viré du jour au lendemain, profitant du cancer de ma mère qui m'affaiblissait pour m'écrire une lettre incompréhensible dont elle savait qu'elle déclencherai un syndrome post traumatique qui est mien depuis le suicide de mon père.Moins heureuse que la relation décrite dans votre histoire, je subis toujours le harcèlement par petites touches déposées çà et là dans des textes de mon ex amie qui m'a pris pour un objet, sans me respecter ni m'aimer).

    Pourquoi n'avoir pas ouvert sur une fin optimiste, celle d'une rencontre entre deux adultes s'acceptant dans leur différences et dialoguant- type de relation que j'ai déjà eu la chance de connaître en tombant sur des gens respectueux et tolérants? Oui, Cécile Vargaftig, ça existe!