Cinéma - La générosité d'un cinéaste

Son merveilleux film La Neuvaine, abordant avec générosité les croyances et les incroyances religieuses dans notre société québécoise, a mis le nom du cinéaste Bernard Émond sur bien des lèvres. Ce grand oeuvre, couronné au Festival de Locarno, avec Élise Guilbault en figure de douleur, encore en salles, donne envie de remonter le cours de l'oeuvre d'Émond, histoire de mieux saisir ses références et d'embrasser son long cours.

Ça tombe bien puisque la Cinémathèque québécoise consacre au cinéaste une rétrospective jusqu'au 12 octobre, en documentaires et en fictions. La formation d'anthropologue d'Émond, son travail de documentariste, ses longs séjours dans le Grand Nord ont nourri ce regard oblique qui permet d'aborder la fiction par le biais des réalités sociales transcendées. Le fait d'avoir accédé à la fiction sur le tard, après un détour par l'école du réel, lui ont apporté cette profondeur qui manque souvent aux jeunes cinéastes lancés dans la vie sans grand recul d'analyse. Bernard Émond ne cherche pas à divertir, mais à susciter des questionnements chez ses spectateurs.

Ceux qui ont le pas léger meurent sans laisser de traces, documentaire qui abordait en 1992 la vie sans histoire d'un septuagénaire, fut un plaidoyer lancinant sur la dignité d'un homme sans histoire avalé par la ville. C'est l'ouverture d'esprit de Bernard Émond, en majesté dans La Neuvaine, qui colore son oeuvre. Hors du champ du «Moi», il aborde le «Nous», se penche sur le passé qui détermine le présent et appelle à questionner la mémoire collective pour cerner nos époques troublées.

Le 5 octobre, la Cinémathèque présente sa première fiction, La Femme qui boit, un écho à ses préoccupations de documentariste. En 2001, le film avait été lancé à Cannes. Élise Guilbault se retrouve aussi à sa proue, excellente dans la peau d'une femme alcoolique à la vie difficile, qui perd la garde de son enfant mais non sa dignité profonde. À travers ce film, Bernard Émond revient également sur l'histoire du Québec, puisque son héroïne âgée revoit sa vie, où les soubresauts de la société ont teinté son destin.

20h17 rue Darling en 2003 mêlait les genres. À la fois thriller, mais aussi oeuvre à portée sociale, le film met en scène Luc Picard en ancien journaliste alcoolique qui entreprend une enquête sur l'accident ayant détruit son immeuble dans l'est de Montréal, rue Darling, causant la mort de six résidants. Encore une fois, l'alcoolisme s'y retrouve en fond de trame, avec les malheurs qu'il génère. Chronique du quartier Hochelaga également, le film met en scène des exclus dans un monde qui les oublie, mais où Émond leur rend hommage. Les performances de Guylaine Tremblay et Luc Picard portent le film.

20h17, rue Darling sera présenté le 12 octobre à 18h30 en présence du réalisateur.

Par ailleurs, dimanche, le 2 octobre à 23h30, La Femme qui boit sera diffusé sur les ondes de Radio-Canada.