Entrevue avec Serge Losique, président du FFM - Une réflexion collective sur la crise des festivals, oui... mais sans Spectra

On l'aura compris, Serge Losique, le président du Festival des films du monde (FFM), sort plus robuste des piètres performances de son rival, le Festival international de films de Montréal (FIFM). Financé par les institutions dans l'intention de succéder au FFM, ce nouveau festival se montrait peu fringuant la semaine dernière devant des salles aux spectateurs clairsemés.

Réclamant un examen approfondi, neutre et indépendant sur la saga des rendez-vous de films de Montréal, Serge Losique dénonce un «putsch insensé de Téléfilm (avec la complicité de la SODEC) contre le FFM, venu ternir l'image de Montréal sur la scène internationale».

Et de préciser qu'à deux reprises, il a tenté d'obtenir un rendez-vous avec le directeur de Téléfilm, Wayne Clarkson. En vain. Les poursuites de Serge Losique contre Téléfilm ne lui ouvrent guère les portes de l'institution fédérale mais, à son avis, il faudrait séparer l'aspect juridique des débats culturels en lui demandant de participer à une réflexion collective.

«Si on m'invite à un post mortem sur la saga des festivals, j'irai, précise-t-il au Devoir, mais pas avec Spectra. Ces gens-là ont volé mon nom. Dès 1995, ils ont enregistré l'entité "Festival international de films de Montréal", qui appartient juridiquement au FFM. Ça fait longtemps qu'ils se préparent à investir les rendez-vous de cinéma. Allons-nous permettre à Spectra de contrôler toute la culture à Montréal? Des actionnaires siègent à leur conseil d'administration. Veut-on servir la culture ou le commerce?»

N'en déplaise à ses concurrents, Serge Losique assure qu'il y aura bel et bien une 30e édition du FFM, et même une 31e. «Les institutions avaient créé des incertitudes cette année, poursuit-il, mais les commanditaires sont satisfaits de notre rayonnement et nous confirmerons bientôt le nom des partenaires qui nous appuient en 2006.»

Le président du FFM déclare réclamer rétroactivement son dû auprès des ministères — dont Tourisme-Québec — et des institutions qui lui ont fait faux bond cette année en lui retirant leurs subsides. «Ils ne peuvent plus ignorer l'opinion publique. Les gens sont venus au FFM, pas au FIFM. J'ai des expertises. Je ne m'improvise pas directeur d'un orchestre symphonique du jour au lendemain. Nos taxes paient le scandale qu'ils ont créé. Où allons-nous?»

De l'avis de Serge Losique, les discussions devraient se faire avec d'autres institutions que Téléfilm et la SODEC, lesquelles sont juges et parties. Il appelle à la création d'un Bureau des festivals, au-dessus de Téléfilm Canada, apte à superviser tout ce qui se trame dans le secteur.
1 commentaire
  • Nicole Ouellette - Abonnée 29 septembre 2005 15 h 00

    Et une autre boîte va tout régler

    À Montréal, à Québec, au Canada la jungle est toute petite et ceux qui sont nommés dans les structures proviennent tous de la même petite jungle. Une autre structure telle que préconisée par M. Losique qui n'a pas la réputation d'être très flexible devant les structures, aura rapidement les mêmes défauts que ceux qu'ils prêtent actuellement à Téléfilm Canada et à la Sodec, et même pire s'il y a lieu.

    Je ne le vois pas au-delà de son indignation et de ce récent petit triomphe ponctuel se demander quel rôle il a joué dans ce qu'on appelle maintenant un « merdier ». Non, c'est merveilleux il est devenu une victime aux yeux des médias qui eux n'ont plus ne sont pas sans faute dans cette histoire. Il y bien quelqu'un qui va trouver qu'un Bureau des festivals est une bonne idée ne serait-ce que pour quelques nouveaux postes permanents à l'horizon.

    Et personne pour se demander quelle vocation un « nouveau » festival devrait se donner si celle de M. Losique commençait à battre de l'aile. On se lance dans le même marché feignant de n'y voir qu'un problème avec la tête dirigeante.

    Et bien là, personnellement, je ne vois qu'un problème qui a doublé et toujours pas de solutions pour les cinéphiles qui eux ne veulent d'un festival, dit international, que voir du bon cinéma, une fois par année, qu'ils n'auraient jamais l'occasion de voir habituellement, le marché étant ce qu'il est.

    Et tout ce qu'on a maintenant, c'est deux entêtés au lieu d'un, qui ne lâcheront rien ni l'un ni l'autre. Je cherche en vain une vision sur le cinéma ou les festivals de cinéma en 2005,là-dedans.