Négocier ou pas, le FNC dans le tumulte des trois festivals

Julien Fonfrède, programmateur, Claude Chamberlan, directeur de la programmation, et Bruno Jobin, directeur général, étaient présents hier lors de la conférence de presse du Festival du nouveau cinéma, à Montréal.
Photo: Jacques Grenier Julien Fonfrède, programmateur, Claude Chamberlan, directeur de la programmation, et Bruno Jobin, directeur général, étaient présents hier lors de la conférence de presse du Festival du nouveau cinéma, à Montréal.

Bruno Jobin, le directeur du Festival du nouveau cinéma (FNC) qui démarre le 13 octobre, assure qu'il participera avec ses collègues à la grande réflexion des institutions sur l'avenir des rendez-vous de films montréalais, si on les convie à la table.

«Comment pourrait-on dire: "nous n'accepterons jamais de négocier"? Cela dit, nous ne sommes pas chauds à l'idée, précise-t-il. Au cours des premières rencontres, nous avons été bousculés, humiliés. On ne voit pas trop comment on pourrait s'entendre aujourd'hui. Si les institutions nous menaçaient de ne pas renouveler nos subventions, on fermerait nos portes. Mais ce n'est pas un argument de négociation. En tous cas, le coeur de la réflexion collective doit porter sur le FIFM.»

La première édition du Festival international de films de Montréal (FIFM), clôturée dimanche dernier, a connu des ratés et manquait de spectateurs, faut-il le rappeler. Or le FNC avait été approché en début d'année pour s'unir au FIFM. Le divorce fut scellé avant mariage, quand Claude Chamberlan, alors directeur général du FNC, a retiré ses billes du jeu en criant qu'il y perdrait son identité. On connaît la suite: le FIFM a dû changer ses dates pour atterrir en septembre avec les déboires que l'on sait.

Le FNC accepterait-il une nouvelle proposition du FIFM? «La première fois qu'on a été approchés, le regroupement avait un projet cohérent sur la table, rappelle Bruno Jobin. Aujourd'hui, on ne sait plus ce qu'ils veulent. Leur vision doit être définie. On croit comprendre que Moritz de Hadeln et Alain Simard n'ont pas les mêmes vues. Par ailleurs, les dégâts causés par cette première édition sont sérieux, et il faut en analyser l'impact. Chose certaine, Serge Losique y a gagné un capital de sympathie pour son FFM, ici et dans l'arène internationale.»

Bruno Jobin nie qu'il y ait un éventuel rapprochement du FNC avec Serge Losique et son FFM. Pour la première fois en 27 ans, l'équipe du Festival du nouveau cinéma a participé à l'ouverture du FFM. De plus, le FNC loue cette année l'Impérial de Serge Losique pour son propre festival. Mais de mariage entre eux, il n'est pas question, nous dit-on.

À son avis, les discussions se sont trop jouées à l'échelle montréalaise. «Il faut aborder la question des festivals dans une perspective canadienne. Il est naïf de faire fi de Toronto, qui est installé depuis 30 ans et qui rayonne partout. Il y a aussi Halifax et Vancouver.»

Aux yeux de Bruno Jobin comme de bien d'autres, la crise des trois festivals montréalais est une absurdité et une situation kafkaïenne, qui a coûté cher aussi au Festival du nouveau cinéma, ballotté toute l'année dans cette affaire, avec une diminution de 10 % de son budget. «Nous voulons conserver notre identité, notre crédibilité, scande-t-il. Notre festival a un créneau particulier dans sa case automnale, avec un rayonnement nord-est américain. Nous ne prétendons pas conquérir le monde mais présenter des films exceptionnels sur grand écran que le public ne pourra peut-être plus voir en salles ensuite. De plus en plus de films sont lancés directement à la télévision. Un festival dit se positionner face à tout ça. Mais il ne faut surtout pas voir un rendez-vous de cinéma comme un événement touristique. Jamais les foules ne s'y rameuteront comme au Festival de jazz. Telle n'est pas la nature de ce type de manifestation.»