À voir à la télévision le vendredi 30 septembre - Journal d'un médecin de campagne

Michel Deville a depuis longtemps délaissé les polars vicieux et sophistiqués pour tourner son regard, plus humaniste qu'on osait l'imaginer à l'époque d'Eaux profondes (1981) et de Péril en la demeure (1984), du côté des gens anonymes, ceux qui nous semblent «sans histoires». Avec sa virtuosité coutumière, un sens du détail qui pourrait se comparer à celui d'un joaillier, il dépeint maintenant des univers feutrés, où la détresse de ses personnages se cache sous une froideur trompeuse.

C'était ainsi dans Un monde presque paisible (2002), où des victimes de l'Holocauste tentaient de réapprivoiser la banalité du quotidien après des années d'horreur.

Alors que les médecins sont souvent, aux yeux de leurs patients, de grands héros, le Dr Sachs (Albert Dupontel, dans un courageux contre-emploi) ne cherche pas à impressionner ceux qui viennent le consulter. Il écoute, sous un air impassible, les petites et grandes douleurs d'un nombre incalculable de personnes qui défilent dans son cabinet ou demeurent cloîtrées à leur domicile. Pour ne pas craquer devant cet étalage de misères, mais aussi d'ignorance et d'abus, il rédige un journal personnel, un constat, disons, clinique, sur ce qu'il voit, sur ce qu'il ressent. C'est sa soupape, une manière de ne pas sombrer dans une maladie de l'âme dont il ne pourrait jamais se remettre.

Inspiré d'un roman de Martin Winckler, surtout connu en France comme médecin, communicateur au franc-parler qui n'a jamais fait de mystères sur le caractère autobiographique de son livre, Les Confessions du Dr Sachs dépeint, par petits fragments taillés dans le vif, une souffrance qui prend ici mille formes, mille visages. Et si la figure du bon docteur se superpose parfois à celle du confesseur, Michel Deville n'en fait pas un saint ni un démiurge: juste un homme blessé, en mal d'amour, à l'écoute des douleurs de la condition humaine.

Cinéma / Les confessions du docteur Sachs

Télé-Québec, 23h30