À l'école de l'échec

Le cinéaste français Claude Lelouch lance aussi au FIFM son film Le Courage d’aimer.
Photo: Jacques Grenier Le cinéaste français Claude Lelouch lance aussi au FIFM son film Le Courage d’aimer.

Depuis le début de la semaine, on le croise, bon vent, mauvais vent, parfois avec son jury, parfois même aux séances de presse. Si Claude Lelouch arpente Montréal dans ce premier FIFM mal en point, c'est pour accompagner son film Le Courage d'aimer à la programmation mais aussi comme président du jury de la compétition.

Avant d'atterrir ici, il ignorait que Montréal se farcissait trois festivals de cinéma et l'a appris sur le tas. Il voit à quel point le FIFM pâtit dans nos tourmentes. «Ce qui me rend triste, c'est que les salles soient vides», soupire le cinéaste.

Lelouch dit adorer les festivals qui, à ses yeux, sauvent les films du formatage, mais multiplier des festivals à ce point... «Non. Ça n'a pas de bon sens. «Imaginez trois rendez-vous de films à Cannes... Ils s'annuleraient les uns les autres.»

Pour cet éternel optimiste, un bienfait sortira de ces revers, les dirigeants du FIFM tireront des leçons, éviteront de se fracasser aux mêmes écueils la prochaine fois. «L'échec est une grande école, affirme-t-il, convaincu. Tout ce que j'ai réussi dans la vie, je l'ai d'abord raté... »

Avec 40 films derrière la cravate, le réalisateur d'Un homme et une femme a vécu triomphes et déroutes. Depuis sept ou huit ans, ses films connaissent une vraie traversée du désert en France. Sa compagnie, Les Films 13, a lourdement écopé des derniers échecs.

L'année dernière, Les Parisiens, premier volet d'une trilogie intitulée Le Genre humain, avait été éreinté à un tel point par la critique que le cinéaste avait offert au public une séance gratuite dans les 400 salles où il tenait l'affiche. «Ça n'a pas suffit à le relancer», évoque-t-il. Fiasco, donc.

Lelouch avait déjà tourné le deuxième volet de la trilogie. Il l'a refondu avec le premier, en élaguant, et pour cause... Les Parisiens comptait 52 personnages principaux. Le «deux dans un» s'intitule Le Courage d'aimer. Présenté au FIFM, il gagnera les écrans québécois dans trois semaines.

«J'ai conservé les personnages dont j'étais le plus proche, précise-t-il. Des autodidactes, comme moi. Une bonne, un chanteur des rues, une jeune artiste qui rêve de Star Académie, un nouveau riche. La galerie des bourgeois, des intellectuels et des artistes a sauté.»

Le titre de sa trilogie, Le Genre humain, a été raillé dans l'Hexagone comme signe de la prétention balzacienne la plus ridicule. «C'était une forme d'humour, proteste-t-il aujourd'hui, afin de me moquer de moi-même. Il y a bien des malentendus dans la vie... »

Lelouch est bien conscient de ne pas plaire à tous. «On peut aimer ou ne pas aimer mes films, mais jamais je n'ai fait une oeuvre de commande. Je parle du cinéma et de la vie en restant fidèle à moi-même.»

Pour lui, l'amour demeure la grande affaire de l'humanité. Or il considère celui-ci en phase de régression, privé de rêve dans un monde de zapping et de publicité.

Lelouch affiche trois certitudes: «Les choses ne se passent jamais comme prévu. Les temps modernes ont tué l'amour, et on est fidèle tant qu'on n'a pas trouvé mieux. Chacun peut devenir le Judas de l'autre.»

Il estime qu'il faut s'armer de courage pour entreprendre une histoire d'amour, avec tous les risques que la chose comporte. «Mon meilleur ami était Jacques Brel. Il me disait: "La chose qui me fait le plus peur, c'est d'entrer dans le lit d'une femme."»

«Le thème du Courage d'aimer: la planète amour est menacée.»

Dans ce film, son personnage de jeune chanteuse de la rue (Maïwenn) repêchée pour devenir star abandonne l'amour d'un artiste ambulant (Massimo Ranieri) pour le succès. «Elle a ensuite le courage d'avouer son erreur à travers un livre de confessions qui devient best-seller.»

Échaudé par l'échec des Parisiens, Lelouch change de stratégie de distribution. Le Courage d'aimer sortira au Québec et dans plusieurs pays d'Europe avant de se poser (s'il le fait) en douce France. «Les Français en ont peut-être un peu marre de mes films. Depuis le temps que je tourne, ça se conçoit. Et on a toujours des rapports problématiques avec son pays.»

Cela ne l'empêche pas de jongler avec différents projets, dont un film en anglais aux États-Unis, une adaptation du roman Bzz... de Guillaume Cochin et peut-être ensuite le dernier volet de sa trilogie, plus surréaliste que les autres, servi de son côté. «J'ai 65 ans, et je ferai bien encore deux ou trois films pour vous emmerder... », promet-il.