Cinéma - Y a-t-il une fillette dans l'avion?

Même si les experts ne cessent de nous rassurer sur la sécurité dans l'industrie aérienne, les mythes auront toujours la faveur d'un public qui préfère les images spectaculaires des nouvelles télévisées. Et alors que l'on écoute distraitement les consignes de l'agent de bord avant le décollage, on ne rechigne jamais à rester bien assis devant un périple cinématographique aérien, surtout si celui-ci vire au cauchemar.

Aucune compagnie d'aviation ne va programmer Flightplan, de Robert Schwentke, pour sa distinguée clientèle (là encore, le mythe résiste de moins en moins à la vulgaire réalité...), mais ceux qui ne craignent pas les détournements de sens et les zones de turbulence narrative serreront très fort leur carte d'embarquement. Or, les secousses et les invraisemblances ponctuent, violemment, les aventures de Kyle Pratt, cette jeune veuve incarnée avec aplomb par Jodie Foster, qui n'a rien perdu de sa forme athlétique depuis Panic Room.

Flightplan repose d'ailleurs sur la même idée claustrophobique, le bunker d'une résidence luxueuse assiégée par des voleurs étant remplacé ici par un gigantesque avion, théâtre d'une mystérieuse disparition. Mais s'agit-il vraiment de cela? À Berlin, Kyle vient de perdre son mari dans des circonstances nébuleuses et, incapable d'admettre

sa mort, elle l'imagine à ses côtés. Avec sa fille Julia (Marlene Lawston), elle entreprend un pénible voyage de retour, à New York, pour ses funérailles. Le hasard — retenez le fait qu'il y en a rarement au cinéma... — fait que cet avion, dont c'est le baptême, soit en partie l'oeuvre de cette femme ingénieure.

Mais, alors qu'elle s'était assoupie pendant le vol, elle se réveille en constatant que Julia n'est plus à ses côtés. Soutenue par un agent de bord compatissant (Peter Sarsgaard) et un capitaine (Sean Bean) peu enthousiaste à l'idée de troubler la quiétude des passagers, Kyle affiche un désespoir qui n'est finalement crédible pour personne, comme si sa fillette n'existait que dans son imagination. Ou que 400 personnes dormaient à poings fermés en même temps qu'elle...

Flightplan représente l'exemple parfait de la manipulation de haut vol, incapables que nous sommes, jusqu'à un certain point, de départager le crédible de l'illusoire. Robert Schwentke s'engage sur toutes les pistes, des plus tendancieuses (avec la présence à bord de passagers arabes... et barbus) aux plus mystérieuses (Julia, au teint cadavérique, n'a de contact qu'avec sa mère, ce qui rend crédible la thèse de l'hallucination). Mais d'abord et avant tout, comme pour faire oublier qu'il s'agit d'un vaste huis clos, sa caméra ne cesse de se balader, de la soute à bagages au poste de pilotage en passant par les toilettes — qui font figure ici de véritable souricière.

Le scénario de ce vol transatlantique, plus captivant que la majorité des films qui sont présentés à bord des avions long-courriers!, ne résiste pas longtemps à notre bon jugement, car les tiroirs, ceux du fantastique, de la politique-fiction, voire de la psychose, s'ouvrent et se referment avec une rapidité suspecte. Ils servent surtout à alimenter la démence ou, selon le point de vue, la détermination du personnage plus grand que nature de Jodie Foster, parfois plus près de la championne de judo que de l'ingénieure.

En moins de 90 minutes, Flightplan ne pique jamais du nez, mais ceux qui voudront y voir une variation hitchcockienne à la The Lady Vanishes ne prennent pas souvent le train du maître du suspense. Le triomphalisme absurde de sa finale (à Terre-Neuve!) freine toute comparaison.

Collaborateur du Devoir