Pénible dépucelage

Scène tirée du film The 40 Year-Old Virgin de Judd Apatow.
Photo: Scène tirée du film The 40 Year-Old Virgin de Judd Apatow.

Devant la bêtise abyssale d'un film comme The 40 Year-Old Virgin, de Judd Apatow, rien de mieux que de tenter de voir ce qui se cache derrière cet étalage de fluides turbulents (urine, vomissements, sperme, cire chaude, etc.). En fait, un républicain fidèle à la bondieuserie de George W. Bush et porté sur la paranoïa pourrait croire que cette comédie qui cherche à surclasser American Pie au rayon des imbécillités se résume à une attaque directe contre les adeptes de l'abstinence sexuelle. S'il ne faut dire adieu à sa virginité qu'au moment du mariage, que faire lorsque le célibat n'est plus un passage mais un stigmate?

Toujours selon The 40 Year-Old Virgin, méfiez-vous non pas du grand amour mais de ceux qui roulent à vélo (encore plus si vous vivez en Californie... ), qui sont accros aux émissions de télé-réalité et, surtout, qui non seulement collectionnent les figurines de superhéros depuis leur enfance mais les gardent intactes dans leur emballage. C'est le cas du pauvre Andy (Steve Carell, également coscénariste et coproducteur), employé dans un magasin de matériel électronique. Alors que sa vie ennuyeuse semble servir de paravent aux activités d'un serial killer, il finit par révéler à ses collègues, un trio d'imbéciles heureux (Paul Rudd, Romany Malco, Seth Rogen), qu'il respecte tellement les femmes... qu'il n'a couché avec aucune.

Cette confidence provoque une cascade de situations scabreuses, parfois même dégoûtantes, puisqu'il en faut, des efforts et des gaffes, pour dépuceler un homme de 40 ans dont la vie est réglée au quart de tour, sans cesse effrayé par son ombre... ou par des cassettes porno. Entre le rendez-vous galant avec une prostituée (qui se révèle être un travesti), l'escapade avec une nymphomane alcoolique qui se termine dans les vomissures et la séance de speed-dating où une lesbienne cherche à refaire sa vie... avec un homme, The 40 Year-Old Virgin vise toujours plus bas. Et comme si cela n'était pas suffisant, les blagues sexistes et homophobes s'enchaînent à un rythme effréné, question de faire croire qu'il ne s'agit pas d'une simple pochade démocrate mais que les républicains peuvent aussi y trouver leur compte.

C'est alors qu'apparaît Catherine Keener, telle une bouée de sauvetage ou un peu de soleil dans cette eau boueuse. Alors qu'elle se fait d'abord discrète, voire inexistante, entre deux tentatives désespérées de ces quatre connards pour s'envoyer en l'air, ou se prouver qu'ils en sont toujours capables, Keener, en vendeuse vaguement hippie, propose un charmant contrepoids au jeu mécanique de Steve Carell. Radieuse, allumée, souriante, elle donne l'impression de s'amuser tout en donnant vie à un personnage que l'on croyait condamné à l'idiotie. Le contraste est d'autant plus frappant à côté de ces tristes clowns qui réfléchissent avec le peu qu'ils ont entre les deux jambes.

D'une facture télévisuelle aux teintes anonymes, alors que tout est éclairé avec une uniformité affligeante, The 40 Year-Old Virgin ne risque pas de figurer au panthéon de la succulente vulgarité cinématographique, entre There's Something About Mary et Team America World Police, même si Judd Apatow fait de gros efforts en ce sens. Et pour couronner le tout, la portion sentimentale du film, censée rassurer des parents inquiets devant les choix cinéphiliques douteux de leur progéniture, s'avère aussi excitante qu'une soirée romantique en compagnie d'un éjaculateur précoce. À fuir, puceau ou pas.

Collaborateur du Devoir