Boudu revisité

Gérard Jugnot s’est offert le rôle du mari terre à terre, faire-valoir de ses co-interprètes Gérard Depardieu et Catherine Frot.
Photo: Gérard Jugnot s’est offert le rôle du mari terre à terre, faire-valoir de ses co-interprètes Gérard Depardieu et Catherine Frot.

À ne pas confondre avec le classique de Jean Renoir, Boudu tombé des eaux, qui reposait en 1932 sur les solides épaules de Michel Simon.

Le Boudu de Gérard Jugnot, quoique roulant sur une même trame: le clochard suicidaire recueilli par un bourgeois libéral pour mieux semer le trouble dans son nouveau logis, a forgé ses propres péripéties. Quittant Paris, l'action est transportée en Provence.

Les comparaisons avec Renoir nuisent bien sûr à ce Boudu revisité. Mieux vaut ne pas y penser, et prendre le film pour ce qu'il est: une comédie à moitié réussie, qui tire sa sève du couple Gérard Depardieu, Catherine Frot, dans une de ces rencontres boiteuses soulevant son poids de rebondissements imprévus. Gérard Jugnot s'est offert le rôle du mari terre à terre et assez mièvre, faire-valoir de ses co-interprètes.

Dans cette histoire de clochard repêché de la rivière qui s'incruste chez un couple chancelant, tout est affaire de contrastes.

Gérard Depardieu surjoue comme il en a le secret, dans la peau de l'immonde viveur, tache de lumière et de vie pourtant dans un monde glauque. Il y a de l'Obélix dans sa performance, d'autant plus que le scénario l'a flanqué d'un chien adoré, perdu et retrouvé. On ne se refait pas, mais son rôle est jouissif et il y met la vapeur.

C'est Catherine Frot qui éclate ici de talent en femme névrosée et délaissée reprenant goût à la vie dans les bras de ce joyeux drille. Mais Catherine Frot a trop souvent le même registre de film en film. On lui souhaiterait des prestations plus inattendues.

Les figures secondaires sont souvent faibles, telle Coralie (Constance Dolle), l'adjointe sexy du patron, présentée sans vraisemblance comme une grenouille de bénitier. Les problèmes de classe sociale sont au menu, à travers la figure du peintre en bâtiment, traité comme un chien alors que l'artiste peintre (Jean-Paul Rouve) se gorge de snobisme.

Boudu est une ode à la liberté et séduit dans ce sens, mais la mise en scène s'alanguit souvent sans trouver tous ses punchs pour rebondir. La comédie de Jugnot a ses qualités, mais malgré un héros coloré et follement allergique à la rectitude politique, elle n'arrive pas à garder une puissance pour autant.