Cinéma - La Californie contre l'«hollywoodisation» du continent

La Californie agite la carotte pour retenir les productions cinématographiques tentées par l'exil. Entre 1993 et 2004, Los Angeles a perdu plus du tiers de ses jours de tournages, passés d'environ 14 000 à 8700, selon le bureau d'émission des permis de la ville.

Dès lundi, le Sénat de l'État du gouverneur Arnold Schwarzenegger commence l'étude d'une nouvelle loi qui accorderait des avantages fiscaux équivalant à 12 % du coup total de la production, jusqu'à un maximum de 3 millions $US par plateau.

Les concurrents de la Californie proposent déjà des mesures semblables. Cette année seulement, pas moins de 14 États ont adopté ou bonifié leurs incitatifs fiscaux. La Louisiane propose déjà un crédit de 15 %, même aux productions réalisées en partie seulement dans l'État. Les réductions offertes par la Louisiane dépasseront probablement les 425 millions $US cette année. Dès janvier, le niveau passera à 25 %, avec un 10 % supplémentaire applicable aux coûts de main-d'oeuvre.

«Le front le plus important dans la guerre des productions se déplace maintenant tout près de la maison, alors que la Californie se voit forcée de compétitionner avec à peu près tous les États de l'Union, écrivait cette semaine le Los Angeles Times, qui parlait aussi de l'«Hollywoodization of America».

En fait, on peut parler de l'hollywoodisation du continent nord-américain. Au Canada, le fédéral absorbe 16 % des coûts de main-d'oeuvre des productions cinématographiques. Plusieurs provinces en rajoutent. En décembre dernier, le gouvernement du Québec portait de 11 % à 20 % ses crédits d'impôt aux tournages étrangers, en réplique à la décision de l'Ontario d'augmenter les siens de 11 % à 18 %.

Les mesures californiennes proposées, dévoilées hier par le New York Times, n'auraient probablement pas d'impact sur les très grosses productions qui ne resteront pas en Californie pour quelques millions de dollars. Par contre, les règles pourrait influencer les plus petites productions, surtout celles pour la télévision, qui pourraient d'ailleurs bénéficier de crédits encore plus importants.

Rappelons que l'impact économique des tournages de films américains au Canada semble beaucoup moins important que ce qu'en dit Hollywood. Une étude réalisée l'an dernier pour le compte d'un consortium de l'industrie du cinéma et de la télévision du pays évalue ces retombées directes ou indirectes à 1,7 milliard $US en 1998. Dans leur propre document daté de 1999, le U.S. Runaway Film and Television Production Study Report (dit The Monitor Report), les Américains affirmaient que cet impact dépassait la barre des 10 milliards $US.

De toute manière, la remontée du dollar canadien face à la devise américaine a réduit de beaucoup le nombre de tournages américains réalisés ici. Pour attirer celles qui passent encore la frontière, le Bureau du cinéma et de la télévision du Québec a officiellement vu le jour au mois de juin. Il devrait bientôt compter sur un budget de 1,8 million et neuf employés, dont un représentant à Los Angeles. Le Bureau cherchera à mettre sur pied un fonds d'investissement public privé qui pourrait compléter le financement de productions locales ou de films indépendants étrangers dont la réalisation au Québec ne dépendrait que de l'ajout de un ou deux millions.