L'Accord, documentaire sur l'«initiative de Genève» présenté à Locarno

Locarno, Suisse — L'Accord, un documentaire suisse présenté au 58e Festival de Locarno, évoque la lente agonie de l'«initiative de Genève», en suivant le parcours semé d'embûches de trois Israéliens et de trois Palestiniens promoteurs de ce plan de paix officieux au Proche-Orient.

Le film commence juste après la signature, le 1er décembre 2003 à Genève, de l'«initiative», fruit de négociations secrètes entre des Palestiniens et des Israéliens modérés. Le cinéaste Nicolas Wadimoff et la journaliste Béatrice Guelpa ont suivi pendant un an, jour après jour, six des trente négociateurs.Le documentaire montre avec empathie, mais sans complaisance, de véritables «Don Quichotte» de la paix, souvent accusés d'être des «traîtres» à leur camp.

On y voit des négociateurs israéliens donnant des conférences dans des universités, une colonie, et se heurtant à l'incompréhension, voire à la colère du public. Côté palestinien, les signataires de Genève sont traités de «collaborateurs» parce qu'ils ont accepté un accord qui brade le droit au retour des réfugiés palestiniens.

«L'initiative a rencontré le plus souvent une profonde indifférence du côté israélien, alors que du côté des Palestiniens, c'est une hargne déclarée», résume Nicolas Wadimoff.

L'«initiative» va rencontrer deux obstacles majeurs: le mur de séparation érigé par Israël qui se construit et le plan de désengagement de Gaza, conçu par Ariel Sharon. «Pour Sharon, il s'agissait de torpiller l'initiative, puisque le premier ministre israélien ne prévoyait pas de se désengager d'autres colonies, contrairement au plan de Genève», explique Nicolas Wadimoff.

L'«initiative de Genève» prévoit qu'Israël évacuera la quasi-totalité de la Cisjordanie et partagera la souveraineté sur Jérusalem, les Palestiniens renonçant de facto au droit au retour en Israël de près 3,8 millions de réfugiés.

Le film se termine en avril 2004, au décès de Yasser Arafat. Aujourd'hui, l'«initiative» est au point mort. À l'avenir, «L'Accord sera sûrement un film de référence. Le texte ne sera pas appliqué en tant que tel, mais son esprit sera conservé», estime le réalisateur.

Loin d'être uniquement la «chronique désespérante d'une mort annoncée», le film tire sa force des portraits de cinq hommes et une femme, venus d'horizons éloignés, qui oeuvrent pour une même cause avec des motifs différents et s'accrochent jusqu'au bout à cet espoir de paix.

Ainsi, l'Israélienne Nehama Ronen, une femme d'affaires membre du Likoud, le parti d'Ariel Sharon. Dans le film, elle explique qu'elle n'a pas d'affection particulière pour les Palestiniens, mais qu'elle ne veut plus que ses enfants aillent faire leur service militaire à Ramallah, en Cisjordanie.

«L'Accord est un film sur le courage politique et sur ce qu'implique un accord, au-delà du problème israélo-palestinien. Un accord est fait de concessions, implique de devoir renoncer à des certitudes, et il a un prix émotionnel, affectif pour ceux qui l'acceptent», explique Nicolas Wadimoff.

«Nous voulions que chaque camp puisse retrouver sa souffrance» dans le film, souligne le cinéaste, pour qui le caractère non partisan du documentaire permet aux Palestiniens, aux Israéliens et à leurs sympathisants d'écouter le camp d'en face, «même si ce qui est montré ne leur fait pas toujours plaisir».

Coproduit par la chaîne franco-allemande ARTE, le film sera présenté le 26 septembre à Paris, en présence de certains protagonistes de l'accord. En septembre, une projection aura lieu à Tel-Aviv, puis au Festival du film de Haïfa, et le film pourrait sortir en salles en Israël. L'Accord devrait aussi être présenté au Festival de Ramallah, comme dans plusieurs villes palestiniennes.

Le Festival du film de Locarno se déroule du 3 au 13 août.

À voir en vidéo