Une mauvaise comédie empêtrée dans ses lacets

En général, on aime bien Pierre Salvador, qui nous a donné de bonnes comédies sociales, Cible émouvante, Les Apprentis, etc. On suit ici son parcours depuis une douzaine d'années, sensible à son oeuvre mi-tendre, mi-comique, touchante souvent. Mais pourquoi se farcir ses films les moins inspirés?

Après vous est probablement ce que Salvadori a réalisé de pire, avec des erreurs de débutant qui étonnent chez ce cinéaste chevronné. Ses interprètes, et non les moindres — Daniel Auteuil, Sandrine Kiberlain, etc. —, se sont égarés sous sa houlette à travers cette mauvaise comédie empêtrée dans ses lacets. À l'heure où tant de films français nous passent au-dessus de la tête, on s'irrite bel et bien de voir Après vous atterrir sur nos écrans.

Quel scénario invraisemblable! Un vrai gruyère plein de trous. José Garcia (très mal dirigé) campe ici Louis, un désespéré qu'un bon Samaritain, Antoine (Daniel Auteuil), maître d'hôtel dans une brasserie parisienne, sauve de la pendaison et prend sous son aile, afin de lui redonner goût à la vie. Au risque d'y perdre son couple et sa crédibilité professionnelle, Antoine va jusqu'à le pistonner pour un emploi auquel Louis ne connaît rien, mais qu'il maîtrisera par miracle en quelques jours.

Caricatural à un point qui laisse baba, sans nuance aucune, José Garcia ne justifiera jamais l'intérêt que son sauveur lui porte. Hébété, larmoyant, dépourvu du moindre charme ou intérêt, ce pauvre type dévasté par un chagrin d'amour est un pur boulet, incapable de constituer le pivot d'une comédie. Daniel Auteuil joue son rôle de missionnaire sans y croire, tandis que Sandrine Kiberlain peine à convaincre le spectateur en fleuriste fatale aimée par les deux hommes.

Ajoutez une mise en scène lourdingue, des répliques creuses sur une trame invraisemblable et décousue. Peu d'interprètes auraient pu s'en sortir. Alors, tout ce beau monde patauge à qui mieux mieux. Une escale chez la grand-maman du suicidaire qui fait des révélations sans se savoir écoutée se révèle particulièrement mal rabibochée. Les jeux de chassés-croisés, les trucs éculés de mauvaises comédies de boulevard sont alignés en guise de gags que personne ne songe à trouver désopilants deux secondes ou même une seule.

Le Devoir

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