L'âge de raison du documentaire

Sept ans, c'est un cycle. Le cinéaste Jean-Daniel Lafond, désolé de voir le documentaire battre de l'aile, avait fondé en 1996 et porté depuis à bout de bras les Rencontres internationales du documentaire de Montréal. Voici qu'il passe la main comme président.

Depuis le temps que Philippe Baylaucq se bat à Montréal pour la défense du documentaire et du film d'auteur, qui s'étonnera de le voir aujourd'hui prendre les rênes de ces rencontres-là?

«Il y a eu le défrichage. Je prends l'événement à l'étape de la consolidation», précise-t-il.

Les Rencontres, dont la huitième édition roulera du 10 au 20 novembre 2005, modifient leurs effectifs donc. Le cinéaste Benoît Pilon et la sociologue documentariste Louise Vandelac se joignent au conseil d'administration. «En sept ans, nous avons quadruplé notre auditoire, passant de 2500 présences à 11 000, public et professionnels confondus, explique Jean-Daniel Lafond. À l'âge de raison, l'enfant se porte bien.

Son succès repose pourtant sur un miracle annuel, car le rendez-vous se finance avec des bouts de chandelle et la ferveur de son équipe. Alors que le vis-à-vis torontois, les Hot Docs, peut s'offrir un volet compétitif, loger un jury, développer un marché, ici les sous manquent.

En sept ans, le sort du documentaire s'est transformé. Non seulement le genre a-t-il investi les sections compétitives des festivals avec Michael Moore et compagnie, mais d'étonnants succès de salle ici ou ailleurs ont coiffé des films comme Fahrenheit 9/11, Corporation, ou les québécois Roger Toupin, épicier variété, À hauteur d'homme, etc. De plus, les rendez-vous de documentaires se sont multipliés aux quatre coins du monde.

«Les choses ont changé, mais la situation d'ensemble demeure fragile, ajoute Jean-Daniel Lafond. Les chaînes de télé se sont multipliées et affichent un besoin criant de documentaires-chocs, tocs, événementiels. Des oeuvres plus subtiles et moins sociopolitiques ont du mal à trouver leur financement.»

«Les Rencontres sont nées d'un état urgence, se rappelle-t-il. En 1996, les télés n'en diffusaient plus ou presque plus. Aujourd'hui, on assiste au retour du rebelle, mais les riches télés se montrent encore chiches dans leur appui financier. Pas question de baisser les bras.»

«Télé-Québec constitue un allié de taille pour le documentaire, précise Philippe Baylaucq, mais elle manque d'argent.»

Un réseau comme TVA, devenu un agent de diffusion du documentaire, traite de sujets comme Céline Dion. Pas de quoi nourrir les thèmes plus audacieux.

Les Rencontres se sont donné un but: mettre l'accent sur un cinéma de qualité, dans un contexte d'échanges, en mêlant oeuvres nationales et étrangères. Mais Philippe Baylaucq veut désormais courtiser davantage la jeunesse, cette cinéphilie de demain.

Le nouveau président voit Montréal comme une nécessaire plaque tournante du documentaire, à cause de sa position socioculturelle.

Cent pour cent d'augmentation de commandites en trois ans. Un budget de 465 000 $ en incluant le service: les Rencontres sont en santé mais devraient doubler leurs fonds pour se développer.

«Un documentaire est lié à son sujet, une fiction à son réalisateur.» La phrase de Jean-Robert Lafond résonne au Café Cherrier. Reste au documentaire à gagner un statut de film d'auteur. Il lui faut aussi se dissocier dans l'esprit du public du reportage. Le documentaire pose un regard là où le reportage énonce des faits. Alors non, Philippe Baylaucq ne s'assoie pas sur les lauriers des Rencontres. Il enfourche un autre cycle pour multiplier les visions du réel dans un monde de fast food où la diversité de pensée doit plus que jamais trouver ses tribunes.

Le Devoir

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