À voir à la télévision le samedi 4 juin - Avec des amis comme ça...

Avec leur teint blafard, leur mine excédée et leurs trois enfants qui pleurent sur la banquette arrière, Michel (Laurent Lucas) et Claire (Mathilde Seigner) ont la tronche des Parisiens qui partent en vacances. Dans les toilettes d'une halte routière, Michel est scrupuleusement observé par un homme qui prétend bien le connaître, un camarade de lycée se souvenant avec émotion de ses talents littéraires. Harry Balestrero (Sergi Lopez, suave en manipulateur démoniaque) ne demande pas mieux que de soulager les misères de cet homme ayant sacrifié sa plume pour assurer le confort de sa famille.

Dominik Moll, cinéaste d'origine allemande établi en France depuis plus d'une dizaine d'années, n'a peur ni du cynisme ni de l'ambiguïté dans Harry, un ami qui vous veut du bien (2000). Car le bien-être de Michel, selon la conception de cet homme riche, volage, traitant sa maîtresse avec le mépris du plus vulgaire des machos, passe par l'élimination radicale de tous ces êtres gênants qui l'empêchent de devenir l'écrivain à succès que ses scribouillages de jeunesse annonçaient. Supposément.

Comment se fait-il que les parents de Michel soient morts dans un tragique et stupide accident de voiture? Et, après s'être moqué des poèmes de Michel, son frère Éric ignore que, devant un Harry offusqué, ses jours sont aussi comptés. Mais cette dévotion étrange ne risque-t-elle pas de l'étouffer à son tour, voire de faire disparaître sa propre famille? Derrière les cadeaux princiers et les gestes de sollicitude, Harry apparaît comme cette incarnation du diable sorti des plus effroyables thrillers. Pourtant, ses armes sont toujours bien dissimulées, sa perversité sans cesse masquée par le plus affable des sourires. Et les victimes de sa générosité envahissante feront preuve d'une imagination morbide digne d'un grand roman de Patricia Highsmith.

Cinéma / Harry, un ami qui vous veut du bien
Radio-Canada, 18h30

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