À voir à la télévision le lundi 30 Mai - La vie mécanique

Des engrenages, de la vapeur, les cadences toujours plus effrénées, les yeux globuleux d'un contremaître. Voici le travail à la chaîne dans toute sa triste gloire. En langage industriel, cela s'appelle le taylorisme.

Les ouvriers que montre Chaplin n'ont le temps et l'énergie que pour obéir au courant du travail, qui charrie leur aliénation quotidienne. Ils suivent. Ils avancent comme on leur dit d'avancer. Ils produisent comme on leur dit de produire. L'analogie avec les moutons vient ici d'elle-même.

En quelques plans de caméras, dans ce chef-d'oeuvre qui date de 1936, Charlie Chaplin a résumé toute cette folie à laquelle conduit la soif de rationalisation des industriels.

Dans l'oeuvre grandiose de Chaplin, le personnage de Charlot apparaît ici pour la dernière fois. Le chapeau melon et les chaussures trop grandes de ce vagabond permettent d'échafauder une critique du monde du travail et de la société de consommation qui en découle.

Est-il nécessaire de travailler pour donner un sens à sa vie? Qui est celui qui abuse du système? L'homme qui préfère ne pas perdre son existence à tenter de la gagner ou celui qui exploite sans vergogne ses semblables pour s'enrichir? Si le destin individuel de Charlot recoupe ici celui de la lutte des travailleurs, il n'en demeure pas moins un homme seul, victime comme tant d'autres d'un système qui cherche sans vergogne à enfermer l'ensemble de l'humanité dans un pré carré.

L'oeuvre de Chaplin renaît, dit-on, grâce à ces nouvelles copies qui apparaissent depuis quelques années sur nos écrans. Mais en vérité, cette oeuvre ne renaît pas: elle est tout simplement immortelle.

Cinéma / Les Temps modernes
Télé-Québec, 21h