Sélection officielle du Festival de Cannes - Le retour des gros canons

Après un cru plus novateur l'an dernier, les valeurs sûres reviennent en force à ce 58e Festival de Cannes, qui sera sur les rails du 11 au 22 mai. En compétition officielle, sur 20 cinéastes retenus, quatre ont été palmés d'or par le passé: Gus Van Sant, Wim Wenders, les frères Dardenne et Lars Von Trier. Les États-Unis et la France sont bien représentés, tout comme le continent asiatique, mais la cuvée se caractérise surtout par «les gros noms» de cinéastes qui s'affrontent et par plusieurs stars attendues.

Ce n'est pas l'année du Québec, mais celle des Torontois. Deux Canadiens sont dans la course: David Cronenberg, avec A History of Violence, et Atom Egoyan, dont le thriller psychologique Where the Truth Lies a finalement été bouclé à temps (avec Colin Firth, Kevin Bacon). Les deux cinéastes, familiers de la compétition cannoise, sont face à face. Depuis 1977, c'est la première fois que deux longs métrages canadiens participent à la course à la Palme d'or. Un autre Canadien de Toronto atterrit en sélection officielle, mais hors compétition: Stuart Samuels, avec le documentaire Midnight Movies: From the Margin to the Mainstream .

En ouverture du festival, Lemming , thriller psychologique du Français Dominic Moll, qui nous avait déjà donné Un ami qui vous veut du bien. C'est un film américain qui assurera la clôture, soit Chromophobia, de Martha Fiennes, avec Penélope Cruz, Ralph Fiennes et Kristin Scott Thomas.

Le jury présidé par Emir Kusturica aura affaire à forte partie: le Danois Lars Von Trier et son Manderlay donne une suite à Dogville, second volet de la trilogie Grace (Nicole Kidman est remplacée par Bryce Dallas Howard). L'Américain Gus Van Sant revient avec Last Days, film sur la fin d'une rock star inspiré par le destin de Kurt Cobain. Après Rosetta et Le Fils, tous deux couronnés à Cannes, les frères belges Jean-Pierre et Luc Dardenne seront présents avec L'Enfant.

Sous la bannière France-Allemagne, Don't Come knockin', de Wim Wenders, a été coécrit avec Sam Shepard (comme le palmé d'or Paris Texas). Joué par Sam Shepard et Jessica Lange, le film aborde le destin d'une ancienne star de cinéma aux États-Unis. Caché, de l'Autrichien Michael Haneke (dont La Pianiste avait été trois fois primé à Cannes), met en scène Daniel Auteuil et Juliette Binoche dans un suspense sur fond d'images familiales volées.

L'Américain Jim Jarmusch sera de la noce avec Broken Flowers. À sa distribution, quatre vedettes: Bill Murray, Sharon Stone, Tilda Swinton et Jessica Lange. Autre fratrie à concourir à côté des Dardenne: les Français Arnaud et Jean-Marie Larrieu, avec Peindre ou faire l'amour. De retour en compétition, l'Israélien Amos Gitaï, avec Free Zone, et le Taïwanais Hou Hsiao-Hsien avec The Best of our Times, une histoire d'amour à travers trois ères différentes.

L'acteur américain Tommy Lee Jones sera de la course avec son premier film: The Three Burials of Melquiades Estrada, western contemporain. D'Amérique aussi, Sin City de Frank Miller et Robert Rodriguez, déjà en salles chez nous. Autres élus: l'Italien Marco Tullio Giordana avec un film social, Une fois que tu es né, tu ne peux te cacher, inspiré d'une oeuvre de Rudyard Kipling. Aussi, le Chinois Wang Xiaoshuai avec Shanghai Dreams, le Japonais Masahiro Kobayashi avec Bashing et le cinéaste de Hong Kong Johny To avec Election, abordant l'univers des gangsters. L'Irak est représenté par Kilomètre zéro de Hiner Saleem et le Mexique par Bataille dans le ciel de Carlos Reygadas (qui avait reçu la caméra d'or pour le magnifique Japon).

Le dernier Woody Allen, Match Point, atterrit hors compétition ainsi que le troisième épisode de La Guerre des étoiles, de George Lucas. Parmi les oeuvres présentées dans la section «Un certain regard», notons Le Filmeur, du Français Alain Cavalier; Le temps qui reste, de son compatriote François Ozon; ainsi que Hwal du Sud-Coréen Kim Ki-duk.

Rappelons que, cette année, le Festival de Cannes inaugure une nouvelle salle «Cinéma du monde», braquant chaque jour son projecteur sur un pays différent. Par ailleurs, histoire de regarder vers l'avenir, la «Séance des enfants» vient d'être mise sur pied. Le Français Michel Ocelot présentera devant 2000 enfants, âgés entre 8 et 12 ans, un conte tiré de son film d'animation Kirikou et les bêtes sauvages.

L'absence de films québécois sur la Croisette gagne en évidence, même si certaines sections du Festival n'ont pas encore ouvert leur jeu. Mais Mémoires affectives de Francis Leclerc, Manners of Dying de Jeremy Peter Allen, La Neuvaine de Bernard Émond et La Familia de Louise Archambault seraient déjà éliminés. Idem pour Les États-Unis d'Albert, d'André Forcier. Il semble que Les États nordiques, de Denis Côté, ne possède plus qu'une mince chance d'atterrir dans une section parallèle. L'Audition, de Luc Picard, pourrait figurer au menu de La Semaine de la critique, mais on présume qu'aucun long métrage québécois ne nous représentera sur la Croisette cette année.