Déménager ou rester là...

Source: Metro Goldwyn-Mayer Pictures
L’acteur Ryan Reynolds dans une scène de la nouvelle versin d’Amityville – La Maison du diable.
Photo: Source: Metro Goldwyn-Mayer Pictures L’acteur Ryan Reynolds dans une scène de la nouvelle versin d’Amityville – La Maison du diable.

Déménager ou rester là? Pauline Julien chantait cela avec humour mais la famille Lutz, elle, n'a guère le temps de s'amuser car, entre deux coups de pinceau pour rafraîchir la nouvelle demeure de Long Island, elle doit apprendre à cohabiter avec les fantômes de l'endroit. Après 28 jours de cauchemar, la question ne se pose plus.

Vouloir soupeser les mérites (sic) de The Amityville Horror, d'Andrew Douglas, en comparaison avec ceux (re-sic) de la lucrative version de 1979 signée Stuart Rosenberg et mettant en vedette Margot Kidder apparaît comme un exercice futile. Et la futilité, c'est ce qui semble avoir guidé les concepteurs de cette nouvelle mouture que personne ne réclamait, mis à part les amateurs de «slashers» pour qui la vue du sang procure plus de jouissance que de peur. Prenant bien soin de revenir aux sources de l'affaire — inspirée d'un fait divers survenu en 1974 alors qu'un jeune homme supposément guidé par des voix avait tué tous les membres de sa famille dans leur sommeil —, le film s'aventure une fois encore sur les lieux du crime.

L'insouciance semble avoir un prix, et même si George (Ryan Reynolds) et Kathy Lutz (Melissa George) n'ont pas les moyens d'acheter cette immense demeure vide depuis un an et somme toute abordable — «There's always a catch», selon George, et la remarque vaut aussi pour nous... —, ils croient que leur famille y coulera des jours paisibles. À peine la famille emménagée, le comportement de George devient étrange et la petite fille s'amuse avec une amie imaginaire, qui ne le demeurera pas très longtemps. Il n'en faut pas plus avant de voir la hache, les visages couverts d'ecchymoses et les apparitions suspectes de personnes qui n'ont jamais pris la bonne habitude de s'annoncer avant d'entrer.

Non seulement l'action du film se déroule en 1975, un an après les événements funestes qui ont fait de cette maison une pomme pourrie pour tout bon agent immobilier, mais The Amityville Horror semble surgir de cette époque, de par sa facture brouillonne et ses effets d'une subtilité à transformer John Carpenter en génie. Mis à part quelques flash-back de nature «historique» montés avec une frénésie bien de notre temps, Andrew Douglas martèle chaque coup, chaque apparition, de vibrations sonores équivalentes aux ongles glissant sur un tableau noir, s'amusant à terroriser au passage les adolescentes un peu trop aguichantes. La scène de la gardienne d'enfants, habillée comme si elle auditionnait pour une production locale de Hair, fait effectivement peur... à voir.

Heureusement que le cinéaste a eu la bonne idée d'infliger à Ryan Reynolds une conjonctive passagère pour bien marquer son état de confusion. Avec un visage aussi inexpressif, et un physique sculpté non pas à la hache mais au scalpel, ses yeux rouges ont l'avantage de nous rappeler que le garçon va bientôt se transformer en monstre. On comprend alors pourquoi Melissa George s'époumone à crier son désarroi, compensant ainsi pour un partenaire dont le jeu figerait de glace le drap blanc du fantôme le plus sadique. Et lorsque surgit Philip Baker Hall pour pratiquer un inutile exorcisme, on croit plutôt qu'il vient donner les derniers sacrements à nous qui sommes là à mourir d'ennui...