Basses messes

À lire les gros titres des journaux, à écouter les bulletins de nouvelles, on constate qu'il émane de l'Église catholique plus de parfums de scandale qu'une odeur de sainteté. Et ce ne sont pas les victimes d'agressions sexuelles par des prêtres pédophiles qui prétendront le contraire. S'inspirant partiellement de faits divers qui ont secoué l'Église catholique irlandaise (le suicide d'un curé de paroisse, le nombre grandissant, mais caché, de prêtres séropositifs), le cinéaste anglais John Deery a voulu remettre en cause le sujet délicat du célibat des serviteurs de Dieu dans Conspiracy of Silence, son premier long métrage.

Pouvoir, corruption et sexe constituent toujours un mélange explosif et ces éléments sont réunis dans ce récit aux allures de règlement de comptes, soutenu par une furieuse envie d'accuser tout ce qui porte une soutane et le titre de supérieur ou d'évêque. D'autant plus que, lorsqu'il est question de sexualité, beaucoup de prêtres préfèrent s'en remettre à la pensée magique, ou au silence. Mais ce silence, visiblement, commence à devenir assourdissant...

Dans un patelin d'Irlande, le journaliste David Foley (Jason Barry) enquête sur le suicide de Frank Sweeney, un prêtre séropositif ayant causé trois ans plus tôt un scandale en dénonçant l'hypocrisie du Vatican face à l'épidémie du sida qui affecte aussi leurs rangs. Au même moment, Daniel McLaughlin (Jonathan Forbes), jeune séminariste brillant et discipliné, est renvoyé sous la fausse accusation d'avoir accepté les avances d'un confrère alors que son hétérosexualité n'est un secret pour personne, ayant sacrifié son amour pour une fille de son village pour devenir prêtre. Ces événements embarrassent au plus haut point les autorités religieuses: l'amant de Sweeney, lui-même prêtre, croit que ce suicide cache d'autres scandales et en informe Foley, également contacté par l'ex-séminariste qui veut dénoncer son renvoi. Et comme on ne rigole pas avec la réputation de l'Église, menaces, mensonges et tractations douteuses se mettent en branle, le tout culminant sur un plateau de télévision.

Il n'y a pas à mettre en doute la sincérité et la pertinence des questions posées par John Deery dans Conspiracy of Silence; l'actualité ne cesse de lui donner raison. Pourtant, sa démonstration souffre de plusieurs lacunes, la première, fatale, étant ce scénario alambiqué qui suit plusieurs pistes pour les abandonner à mi-parcours, comme les problèmes familiaux de Foley. À cela s'ajoutent des personnages schématiques, tout particulièrement la hiérarchie religieuse qui ressemble à un regroupement de mafieux, lançant des répliques qui se veulent assassines («The Church has AIDS», «Christ died for change») mais sonnent comme autant de slogans protestataires.

De la conviction, tel un Costa-Gavras anglais pour qui le doute ne semble avoir aucune prise, John Deery n'en manque pas et la partage généreusement avec tous ses interprètes, pour la plupart d'une intensité irréprochable. Aux côtés de ces hommes de foi, ou de loi, d'une gravité bien sombre, émerge la figure attachante de Brenda Fricker dans le rôle de la mère du jeune séminariste, tour à tour outrée, inquiète des cancans et confuse face à toute cette polémique. Elle sait faire preuve d'une humanité qui manque parfois pendant toutes ces basses messes.