Kitsch humoristique

En France, le Belge Benoît Poelvoorde est une star, grâce surtout à des séries de sketchs qu'il a créés et interprétés pour la chaîne de télévision Canal+. En France, aussi, le culte de Claude François, chanteur de charme, n'a jamais décliné depuis sa mort accidentelle survenue en 1978. Tandis qu'ici, même de son vivant, l'interprète de Comme d'habitude et d'Alexandrie Alexandra n'a jamais provoqué de grands mouvements de foule.

Tout ça pour dire que, sans l'admiration pour Poelvoorde pour cautionner ses excès et l'adulation de François pour transcender ses faiblesses, Podium, qui a fait un malheur en France l'an dernier, apparaît au Québec dans toute son insignifiance. Au mieux, la comédie du romancier-cinéaste Yann Moix (d'ailleurs auteur d'un texte du dernier album de Diane Tell), sur un ex-sosie de Claude François qui reprend du collier après cinq ans d'absence des kermesses commerçantes, se regarde comme une revue kitsch injectée de stéroïdes humoristiques façon Canal+ — chaîne dont le maître à penser est Alain Chabat.

Rien de bien neuf, en somme, dans ce film, malgré un sujet captivant: les sosies de vedettes de la chanson et les concours ridicules dans lesquels ceux-ci s'affrontent, souvent au prix de leur dignité. Bernard Frédéric (Poelvoorde) appartient à cette race de fanas furieux. Lorsqu'un concours national promet au gagnant une bourse de cent mille euros, il reprend ses paillettes et sa perruque et, avec son complice Couscous (Jean-Paul Rouve), sosie de Polnareff, il repart à la conquête du titre de meilleur Cloclo de France, au grand désespoir de son épouse (Julie Depardieu).

Outre quelques gags réussis, l'humour s'avère d'une grande pauvreté, presque autant que les dialogues, servis tièdes à des acteurs qui ont dû redoubler d'ardeur pour y croire. Nonobstant le parfum de misogynie qui embaume l'ensemble, le scénario manque de vraisemblance, de cohérence (pourquoi Couscous/Polnareff ne concourt-il pas?), mais aussi de spontanéité et d'esprit. Le cinéaste, sans doute préoccupé par sa mise en scène en aplat, a laissé passer des occasions sublimes de faire surgir le drame qui se joue en sourdine (entre Bernard et son fils, notamment), de laisser Poelvoorde déborder de la caricature, bref, d'être original et de surprendre.

À cet égard, la conclusion en forme de revirement n'est rien d'autre que la négation de tout ce qui a précédé. De toute évidence, Yann Moix veut plaire au plus grand nombre sans décoiffer personne. Il n'est donc pas allé au bout de son idée excessive, si bien que Benoît Poelvoorde non plus, lui qui pourtant brille dans les excès. Mais ça, qui le sait, ici, à part les cinéphiles qui ont vu Les convoyeurs attendent et C'est arrivé près de chez vous — et qui seront les premiers à éviter Podium?