Un exercice soporifique

Tous les films de Catherine Breillat partent de ce prétexte qui est celui de révéler la force et la nature du désir féminin. Et tous les films de Catherine Breillat finissent au contraire par se révéler une variation misogyne sur l'objectivisation du corps féminin et une illustration complaisante et racoleuse du désir masculin.

Anatomie de l'enfer, son onzième long métrage, ne fait pas exception à cette règle. Au contraire, dans cet exercice soporifique sur l'incommunicabilité des corps, l'auteure d'À ma soeur et de Romance associe sa propre voix à celle de son héros mâle, dont elle libère en voix hors champ les pensées. Campé par l'acteur porno Rocco Siffredi, celui-ci est un étalon gai auquel une jeune femme (Amira Casar), en échange de quelques malheureux billets, fait appel afin d'emprisonner son regard pendant quatre nuits consécutives, dans la chambre du haut d'une villa abandonnée sur la côte. En d'autres mots, elle veut qu'il la regarde; lui n'y voit pas d'objection, pourvu qu'il y ait à boire.

«La fille est la maladie de l'homme», déclare presque d'entrée de jeu cette ingénue suicidaire à celui qui poussera l'examen (mais pas le plaisir) jusqu'à boire une infusion de son tampon souillé. Ce n'est là qu'un des nombreux exemples d'échanges que Catherine Breillat documente sans faux-fuyants, sous une lumière crue, sans l'ombre d'une ombre pour suggérer l'inmontrable. Les cinéphiles familiers de son oeuvre romanesque et cinématographique n'ignorent pas que le sexe, chez Catherine Breillat, est un acte animal, sauvage, radical, rouge sang. Un rituel qui relève de la mort plus que de la vie.

Aussi gracieusement filmée soit-elle (par quatre directeurs photo successifs), la démonstration de cette pensée — plus singulière que révolutionnaire, n'en déplaise — n'apporte rien de plus que son énoncé. Si bien qu'on finit par se demander ce que cette démonstration libère en Breillat et ce que celle-ci espère qu'elle inspire en nous. Outre bien sûr de la frustration de voir notre regard prisonnier d'un jeu, avec seulement l'illusion d'y participer et sans la satisfaction d'être payés.