Vues d'Afrique - Un cinéma africain qui résonne comme un cri d'espoir... ou de désespoir

C'est aujourd'hui que commencent les 21es Journées du cinéma africain et créole, dites 21es Vues d'Afrique. Et si vous vous demandez encore ce que le cinéma du continent noir vient faire sur nos terres encore blanches de neige mal fondue, c'est que la planète vous semble plus grande qu'elle ne l'est et les liens nord-sud moins importants.

Le cinéma est le reflet de la réalité, et la réalité africaine constitue souvent le négatif de notre photo de famille occidentale de confort et d'indifférence. Pauvreté, sida, mais aussi solidarité, courage. Alors voilà! cette édition célèbre le Sénégal. Ce pays est le berceau du cinéma africain, dont le doyen demeure actif, Ousmene Sembene (qui vient de nous donner Moolaadé).

Comme film d'ouverture, Massaï, les guerriers de la pluie, du Français Pascal Plisson, sur le mode de la fable initiatique traditionnelle, a le mérite de s'adresser à tous les publics, dont les enfants, et sortira bientôt en salle. En racontant, dans une savane grugée par le désert, comment de jeunes guerriers iront chasser le lion mythique pour conjurer le sort du village asséché, le film explore l'Afrique éternelle des légendes. C'est un peu naïf, mais la caméra traque de magnifiques paysages et découvre les racines des coutumes anciennes. De vrais Massaïs tiennent les rôles des guerriers.

Chaque présentation de Vues d'Afrique a des thématiques émergentes. Là-bas, bien des guerres civiles ont créé le chaos. Les femmes en ont souvent été les premières victimes. Par ailleurs, des femmes réalisatrices font de plus en plus leur marque.

En tout cas, jusqu'au 24 avril, parmi les 110 oeuvres en provenance de 21 pays, cette thématique féminine pointe comme un cri d'espoir ou de désespoir porté par le vent du désert.

Des réalisatrices du Burkina Faso, comme Fanta Régina Nacro, avec La Nuit de la vérité, sur fond de massacres ethniques, et Appoline Troaré, avec Sous la clarté de la lune, un film sur le métissage et les retrouvailles d'une enfant avec ses racines noires maternelles, ont vu leurs films primés au dernier Fespaco. Quant à la Marocaine Yasmine Kassari, son Enfant endormi, qui aborde avec des accents poétiques la solitude d'une jeune Marocaine enceinte dont le mari a pris le maquis, a raflé le prix du public au dernier Festival de Namur.

Série documentaire

Viols sur ordonnance, de Myriam Lanotte, recueille d'insoutenables témoignages de femmes et de fillettes atrocement violées au Congo, otages des luttes interethniques. Ce film questionne avec une terrible acuité l'inhumanité de l'humanité en plus de soulever l'absence de structures locales pour gérer les crimes sexuels.

Un amour pendant la guerre, d'Oswalde Lewat-Hallade, est de la même eau. Au centre du documentaire, cette fois-ci: un couple séparé par la guerre du Congo-Kinshasa. Elle élève seule ses quatre enfants. Il ne peut pas traverser la barrière de la guerre. Après six années de séparation, les chemins se sont éloignés, malgré leurs bonnes intentions. La femme, Aziza, s'occupe d'une association de femmes victimes de viols de guerre. Et, une fois encore, les récits donnent la chair de poule. Quand un médecin parle de sa patiente de deux ans, violée à répétition, le vagin détruit, hurlant chaque fois qu'un homme s'approche d'elle et qui doit être examinée sous anesthésie générale, le malaise du spectateur côtoie l'incrédulité et la rage.

Pourquoi?, court métrage de Sokhna Amar, pose la question à 100 000 dollars. Avec la mer et ses vagues à la caméra, la voix hors champ d'une fille jadis violée évoque l'affreux souvenir qui resurgit.

Nous sommes nombreuses, documentaire du Sénégalais Moussa Touré, toujours avec le Congo et ses guerres en arrière-scène, donne encore la parole à des femmes violées, victimes brisées, trop longtemps muettes.

À voir aussi, Fama... une héroïne sans gloire, de Dalila Enandre, qui suit l'aventure d'une femme et sa bataille au Maroc pour la démocratie et la justice.

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