Cinéma - La révolution industrielle et apocalyptique

L'animation japonaise n'est jamais effrayée par la démesure, illustrant des mondes dont les assisses semblent toujours reposer sur une bombe, nucléaire de préférence. Loin du charme enfantin prôné par les cinéastes des grands studios américains, les animateurs japonais puisent dans un passé marqué par la guerre et la destruction pour composer leurs visions apocalyptiques.

Katsuhiro Otomo appartient à ce clan, montrant un Tokyo du futur en proie à l'anarchie et soumis à la loi tyrannique d'une bande de motards dans Akira (1988). Après plus de 10 ans d'efforts et de reports pour mener à terme Steamboy, il transforme Londres, celle de l'époque victorienne, en cité de tous les progrès technologiques et de toutes les démences meurtrières. Il faudra alors l'innocence et la persévérance d'un garçon pour rétablir un semblant d'ordre, au prix, bien sûr, de multiples catastrophes.

Ray Steam (voix d'Anna Paquin) fait partie d'une famille d'inventeurs: son grand-père, Lord Steam (Patrick Stewart), a mis au point un gaz très puissant, enfermé dans une petite boule, et la découverte est très convoitée. Son père Eddie (Alfred Molina), à couteaux tirés avec Lord, semble avoir gagné le camp ennemi, celui voulant s'emparer de cette découverte à des fins militaires. On veut profiter de la tenue d'une exposition universelle, alors que des dignitaires du monde entier sont réunis à Londres, pour montrer de quel bois, et de quels armes, se chauffent ces esprits cupides et assoiffés de pouvoir. Ray, déchiré entre la promesse faite à son grand-père de protéger l'invention et son attachement à un père qu'il ne reconnaît plus, devient l'ennemi à abattre.

D'une précision absolument époustouflante, mélangeant les techniques traditionnelles d'animation avec les possibilités du numérique, Steamboy recrée un monde marqué du sceau du réalisme — surtout sur le plan architectural — et basculant tout à coup dans l'imaginaire le plus débridé, le plus flamboyant. Dans cette Angleterre de la fin du XIXe siècle, les zeppelins sont aussi agiles que des hélicoptères, des machines capables de tout broyer sur leur passage semblent sorties d'un roman de H. G. Wells ou de Jules Verne.

Ces merveilleux anachronismes ne sont pas les seuls effets étonnants d'un film qui brouille les repères moraux, forçant le jeune héros à se questionner sans cesse sur le respect qu'il doit démontrer à son père et son grand-père, jonglant, dans l'urgence et les désastres, entre le bien et le mal. Et ils prennent des formes, et des accents, américains et britanniques, qui l'entraînent toujours un peu plus dans des abîmes de confusion.

Visiblement fasciné par un univers entremêlant vérités historiques et visions fulgurantes, Katsuhiro Otomo finit parfois par s'y noyer, étirant inutilement des catastrophes qui gagneraient à être resserrées pour une plus grande force d'impact. À multiplier les tuyaux qui éclatent sous la pression, les fenêtres qui volent en éclats — et semblent miraculeusement intactes au plan suivant —, il fait du chaos un état quasi permanent. À l'arrivée, Steamboy apparaît trop souvent comme une splendeur visuelle obnubilée par ses propres trouvailles et autres extravagances.