Cinéma - Une exploration audacieuse de la psyché masculine

L'univers de ces Guerriers appartient au théâtre. Michel Garneau avait créé ce huis clos pour la scène. Les mots du poète s'envolent, se bousculent, résonnent en des dialogues en forme de joutes sportives, tout en balles lancées, reçues, retournées.

Micheline Lanctôt a tiré un téléfilm de ce huis clos. Les Guerriers sort en salles, avant de gagner le petit écran, sans doute à cause de la popularité des interprètes: Patrick Huard et Dan Bigras. Mais cette oeuvre n'est pas vraiment cinématographique.

Le Québec étant réputé pour ses hommes mous, il est intéressant de voir ici s'affronter deux personnages issus du machisme traditionnel: coqs d'arène qui cherchent la domination sur l'autre à travers un terrain dérisoire, celui de la publicité.

Le cynisme de Gilles (Dan Bigras), personnage sophistiqué et déçu de lui-même, s'oppose à l'ambition de Paul, qui fonce sans réfléchir. Les voici réunis neuf jours durant, dans un appartement, pour trouver un slogan dans une campagne pour l'Armée canadienne, dont ils n'ont rient à foutre de toute façon.

Les dialogues sont savoureux, coupés au scalpel. Les enjeux de ce pugilat révèlent en écorché les pulsions, les faiblesses, les peurs, les défaites des belligérants.

Rien à redire contre le jeu de Patrick Huard et de Dan Bigras. Mais ces interprètes auraient été plus crédibles sur les planches, où les conventions du langage ne sont pas les mêmes qu'à l'écran. Avec gros plans sur les visages, les phrases longues semblent artificielles. Mais il s'agit d'un problème de médium.

Micheline Lanctôt a joué avec le mouvement, la musique, l'éclairage, mais le huis clos possède ses limites. L'impression d'assister à une captation théâtrale conçue pour la télé flottera tout du long sur Les Guerriers. Reste le jeu des comédiens — celui de Dan Bigras, au personnage plus complexe, surnage. Reste aussi cette exploration audacieuse de la psyché masculine. Restent surtout les répliques ciselées par Michel Garneau comme des épées élégantes et acérées, qu'on aime rattraper à l'écran si on les a manquées au théâtre.

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