Cinéma - Cours, Ralph, cours

Si la vie ne tient parfois qu'à un fil, dans Saint Ralph, du cinéaste canadien Michael McGowan, il faut toujours un miracle pour ne pas que celui-ci casse. C'est du moins la conviction profonde de Ralph Walker (Adam Butcher), adolescent orphelin de père, un héros de guerre, et incapable de se résigner à l'idée de perdre sa mère, récemment plongée dans un coma profond. Et à Hamilton, Ontario, au début des années 50, on ne rigole pas avec les miracles. À dire vrai, on ne rigole pas beaucoup.

Élève intelligent mais indiscipliné dans un collège catholique tenu d'une main de fer par le père Fitzpatrick (Gordon Pinsent), Ralph se voit forcé de se joindre à une classe d'entraînement à la course, lui qui n'a guère le physique de l'emploi. Or il se souvient d'avoir entendu Alice (Jennifer Tilly), l'infirmière chargée de veiller sur sa mère, affirmer que seul un miracle pouvait la ramener en ce monde. C'est alors qu'il fait la promesse, devant Dieu et devant les hommes, de remporter le marathon de Boston, aidé dans cette folle entreprise par le père Hibbert (Campbell Scott), un religieux pas très orthodoxe, ancien coureur olympique et fervent admirateur de Nietzsche, ce qui le rend suspect aux yeux de ses supérieurs.

Épousant la rigidité et la discipline des sportifs de haut niveau, Saint Ralph cherche à atteindre sa cible en évitant les fantaisies et les digressions, même lorsqu'il est question de masturbation (dans une piscine publique) ou de pouvoir divin (autour d'un cadavre pas encore froid). Réglé comme une messe solennelle, équilibré comme une diète de champion, ce récit à la fois religieux et sportif affiche un souffle court. Il s'agit ici d'une fable sur la volonté et la transcendance, à l'issue finale hautement prévisible et très canadienne dans son approche; le salut se trouve à la fois au ciel ainsi qu'au sud de nos frontières...

Saint Ralph n'est pas nécessairement dépourvu de qualités; sa mise en scène académique et son personnage principal juste assez espiègle pour ne pas être taxé de petit monstre insupportable élèvent le tout au rang de candide divertissement familial. Le jeune Adam Butcher fait preuve d'une remarquable aisance, dans les scènes larmoyantes tout comme lors d'exploits physiques. Le prêtre progressiste défendu par Campbell Scott n'apparaît jamais comme un anachronisme, d'une prestance naturelle rendant son personnage tout à fait attachant. Mais pour croire à la détermination du jeune Ralph Walker, il ne faut pas seulement s'en remettre à la force des miracles mais aussi à celle, tout aussi puissante, des clichés.