Décès du cinéaste canadien Robin Spry

Le cinéaste et producteur canadien Robin Spry est décédé hier matin dans un accident de la route. Il avait 65 ans.

Diplômé d'Oxford et de la prestigieuse London School of Economics, M. Spry est entré au service de l'Office national du film (ONF) en 1964.

Il y est demeuré une dizaine d'années, réalisant notamment le documentaire Action: The October Crisis of 1970 qui relate au moyen d'images tournées en direct les événements compris entre l'enlèvement du diplomate James Richard Cross et l'arrestation des ravisseurs de Pierre Laporte.

Un autre de ses films Prologue a été le première oeuvre canadienne sélectionnée par la Mostra de Venise en 1969. Cette oeuvre entremêlant fiction et images d'archives documentait les émeutes ayant marqué la convention du Parti démocrate à Chicago, en 1968.

Selon Carmel Dumas, qui a partagé sa vie jusqu'en 1989, il n'a jamais renoncé à l'engagement social qui caractérise ses premiers films. «Il passait par le cinéma pour expliquer les réalités sociales, ç'a été une constante à travers toute ça vie», a-t-elle confié à la Presse canadienne.

Au milieu des années 1970, Robin Spry a troqué sa chaise de réalisateur pour un fauteuil de p.-d.g. en se joignant à l'équipe du Groupe film téléscène (GFT). Il a dirigé les destinées de l'entreprise pendant près de deux décennies, tout en travaillant à ses propres projets de longs métrages.

Au fil des ans, il a notamment tourné le suspense One Man (1977) — présenté dans la section Un second regard, à Cannes — ainsi que Drying up the Streets et Suzanne (1980). Il a aussi réalisé l'adaptation du roman de Mary Higgins Clark Un cri dans la nuit en 1992.

«Il avait fait un virage vers le cinéma populaire, à grande distribution. Il aimait les films d'action. C'était un scénariste hors pair et un producteur qui s'impliquait à toutes les étapes d'un projet», a souligné Mme Dumas.

Sous sa gouverne, Téléscène a produit les films Une histoire inventée, d'André Forcier, et À corps perdu, de Léa Pool ainsi que plusieurs téléséries, tant en français et qu'en anglais. L'une d'entre elles, Hiroshima a d'ailleurs reçu le prix de la meilleure dramatique au gala des prix Gémeaux, en 1998.

Après plusieurs exercices rentables, la compagnie criblée de dettes a fait une faillite retentissante en décembre 2000. Depuis, Robin Spry continuait à travailler avec la société Cinégroupe ainsi qu'avec d'autres maisons de production.

Au moment de son décès, il revenait d'un tournage en Afrique du Sud. «Il n'avait pas une bosse financière extraordinaire, mais c'était quelqu'un qui faisait bouger les choses et qui les tenait ensembles», selon Carmel Dumas avec qui il a eu deux enfants, Jeremy et Zoé.

D'après sa soeur Lib, ses mésaventures en affaires ne l'avaient pas découragé. «Il était en train de travailler sur plusieurs projets comme producteur ou écrivain. C'était un homme fantastique», a-t-elle confié.

Même s'il était né à Toronto, Robin Spry était un Montréalais de coeur «qui vraiment a pris racine ici et qui était une force vive au Québec même», a insisté Mme Dumas.