«Avatar» et «Top Gun» sauveront-ils les Oscar?

Aux Oscar, « Top Gun Maverick », le mégasuccès de Tom Cruise, dont plusieurs affirment qu’il a « sauvé » les salles de cinéma lors de la très lente reprise postpandémique, jouit d’un énorme capital de sympathie.
Photo: Paramount Pictures Aux Oscar, « Top Gun Maverick », le mégasuccès de Tom Cruise, dont plusieurs affirment qu’il a « sauvé » les salles de cinéma lors de la très lente reprise postpandémique, jouit d’un énorme capital de sympathie.

Après des semaines de conjectures, l’Académie des arts et des sciences du cinéma a dévoilé mardi les nominations pour la 95e cérémonie des Oscar, qui se tiendra le 12 mars prochain. Heureuse surprise : Everything Everywhere All at Once, des Daniels, domine en nombre avec 11 nominations, y compris pour le meilleur film, la meilleure réalisation, le meilleur scénario original et la meilleure actrice. The Banshees of Inisherin, de Martin McDonagh (9 nominations), All Quiet on the Western Front, d’Edward Berger (9 nominations), et The Fabelmans, de Steven Spielberg (7 nominations), font excellente figure également. Toutefois, ce sont les nominations de Top Gun Maverick, de John Kosinski, et surtout d’Avatar: The Way of Water, de James Cameron, dans la catégorie du meilleur film, qui retiennent le plus l’attention.

Que l’on soit d’accord ou pas avec ces nominations (nous le sommes pour la suite de Top Gun, pas mal moins pour celle d’Avatar), la présence de ces deux blockbusters pourrait permettre à la cérémonie de se refaire un brin au rayon des cotes d’écoute. En effet, bien avant la pandémie, période où les cotes furent les pires de sa vénérable histoire (16,6 millions de téléspectateurs en 2022 et 10 millions en 2021), le désintérêt envers les Oscar était de plus en plus marqué (23,6 millions de téléspectateurs en 2020 ; 29,5 millions en 2019 ; 26,5 millions en 2018 ; 33 millions en 2017, etc.).

Évidemment, le problème n’est pas unique aux Oscar : partout, les galas télévisés en arrachent. À peu près tout le monde s’entend pour dire qu’il faudrait dépoussiérer, voire réinventer la formule, mais personne n’est encore parvenu à trouver une solution de rechange prometteuse.

Quoi qu’il en soit, avec ses presque 1,5 milliard $US au box-office, Top Gun Maverick, le mégasuccès de Tom Cruise, dont plusieurs affirment qu’il a « sauvé » les salles de cinéma lors de la très lente reprise postpandémique, jouit d’un énorme capital de sympathie. Celui qui vient de franchir le cap des 2 milliards $US, Avatar: The Way of Water, a poursuivi sur cette lancée.

Photo: 20th Century Le film « Avatar: The Way of Water » a franchi le cap des 2 milliards $US.

Les cotes d’écoute ne peuvent qu’en bénéficier. Mais dans quelle mesure ? On verra bien. Il reste qu’historiquement, les crus les plus regardés sont ceux où une superproduction était nommée. En 1998, l’année du triomphe de Titanic, de James Cameron, plus de 57 millions de téléspectatrices et de téléspectateurs avaient suivi la cérémonie. En 2004, l’année où The Lord of the Rings : The Return of the King, de Peter Jackson, l’emporta, elles et ils avaient été plus de 43 millions au rendez-vous.

Autre superproduction retenue pour la plus haute distinction : Elvis, de Baz Luhrmann ; succès critique mitigé, mais vrai succès populaire avec des recettes de près de 300 millions $US. Le déjà mentionné Everything Everywhere All at Once, des Daniels, avec ses revenus de 104 millions $US sur un budget de 25 millions seulement, est toutefois l’authentique success story de 2022, et les membres de l’Académie ont manifestement voulu célébrer ce film hors norme. Bravo.

Une année faste

Tout cela pour dire qu’en dépit de leurs immenses mérites artistiques, ni The Banshees of Inisherin ni The Fabelmans n’ont été vus par un large public, hélas. Idem pour Tár, de Todd Field, Triangle of Sadness, de Ruben Östlund, et Women Talking, de Sarah Polley. Quant à All Quiet on the Western Front, le fait qu’il s’agisse d’une production Netflix n’a pu qu’aider à sa visibilité, mais, sauf erreur, ce n’est pas un des films les plus visionnés de la plateforme.

Pour ce qui est de l’Oscar de la meilleure réalisation, aucune surprise là alors que les Steven Spielberg, Martin McDonagh, Todd Field, les Daniels et Ruben Östlund concourront pour la statuette dorée. Seule femme à la barre d’un des longs métrages nommés comme meilleur film, Sarah Polley n’a pas été retenue dans le boys’ club de la mise en scène.

Sur le front de l’interprétation, chez les hommes, le favori semble être Austin Butler, pour Elvis, mais l’Oscar du coeur ira à coup sûr à Brendan Fraser (notre choix) qui, dans The Whale, effectue un retour professionnel bouleversant. Entre ces deux-là, les chances de Colin Farrell, pour The Banshees of Inisherin, de Paul Mescal, pour Aftersun, et de Bill Nighy, pour Living, sont minces.

Photo: ONF On mentionnera la nomination d’Amanda Forbis et de Wendy Tilby pour The Flying Sailor (Le matelot volant), une production de l’ONF sélectionnée pour le meilleur court métrage d’animation.

Même cas de figure chez les femmes, alors que la meneuse, Cate Blanchett, pour Tár, n’aura de réelle compétition que de la part de Michelle Yeoh (notre choix) pour Everything Everywhere All at Once. Ana de Armas, pour Blonde, Michelle Williams, pour The Fabelmans, et Andrea Riseborough, pour To Leslie (pas encore sorti ici), seront vraisemblablement éclipsées. À noter qu’Andrea Riseborough, nommée inattendue, a fait l’objet d’une campagne de soutien orchestrée par des consoeurs célèbres, dont Kate Winslet et Gwyneth Paltrow.

D’ailleurs, parmi les faits saillants du dévoilement, on signalera la double nomination d’Everything Everywhere All at Once dans la catégorie de la meilleure actrice de soutien, où Jamie Lee Curtis (notre choix) et Stephanie Hsu apparaissent toutes deux. Au titre du meilleur acteur de soutien, leur partenaire Ke Huy Quan, qui effectue lui aussi un émouvant retour professionnel, est le candidat à battre.

Double nomination également dans cette catégorie pour The Banshees of Inisherin, avec Brendan Gleeson et Barry Keoghan tous deux en lice.

On mentionnera en outre la nomination du Montréalais Adrien Morot pour ses maquillages spéciaux conçus pour The Whale et celle d’Amanda Forbis et Wendy Tilby pour The Flying Sailor (Le matelot volant), une production de l’ONF sélectionnée pour le meilleur court métrage d’animation.

En fin d’analyse, et même si l’on regrettera telle ou telle omission, telle ou telle mention, un constat s’impose : l’année cinéma 2022 a été particulièrement faste.

Voir liste complète des nominations à oscars.org. Animée par Jimmy Kimmel, la soirée des Oscar sera diffusée le 12 mars sur CTV et en ligne.

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