François Gourd, clown et cinéaste

François Gourd est un fou québécois quasi homologué, qui agite son grelot depuis trente ans dans notre paysage. Parmi les faits d'armes du célèbre barjo: avoir repris les rênes du Parti Rhinocéros des mains de Jacques Ferron, avoir fondé le chic cabaret montréalais Les Foufounes électriques, avoir entarté Bill Johnson, avoir créé le Symfolium, ce festival consacré à la folie sous toutes ses formes, ainsi que le Festival de musiques incroyables. D'avoir aussi animé et donné des spectacles ici et là avec ou sans nez rouge... Enfin, le clown est également cinéaste.

Voici qu'après un passage automnal au Festival du nouveau cinéma, son documentaire autobiographique, titré L'Avis d'un fou, sort à Ex-Centris et que le maître-bouffon en assure lui-même la promotion. On se rencontre au café Méliès d'Ex-Centris. En personne, il est plus gentil que fou, plus doux que provocant, avec des yeux bleus tout sensibles, et il espère que les gens viendront voir son film.

François Gourd vous dira que L'Avis d'un fou a été tourné avec zéro budget et qu'en remontant le cours de sa vie, il témoigne de l'évolution des caméras; entre oeuvres maison de ses parents captant ses premiers pas et la minicaméra numérique, il y a eu le spectre complet: 16 mm, Super 8, vidéo, film, noir et blanc, en couleurs, alouette!

Son film témoigne aussi des délires successifs du Québec en 30 ans à travers sa contre-culture déchaînée et de cette folie créatrice dont François Gourd brandit le pavillon en invitant à toutes les libérations.

Un enfant «à clés»

Dans son parcours de folie, François Gourd explique en entrevue — mais ce n'est pas dans le film — qu'il avait dans son enfance sept amis imaginaires, une fille et six gars. Même que certains d'entre eux reviennent le voir parfois, après avoir grandi, eux aussi. Un de ces fantômes assistait peut-être même à notre entrevue. Qui sait?

Il dit cultiver l'état du «ici maintenant». À croire que les fous ont parfois les mêmes objectifs que les moines bouddhistes. On s'y perd... Gourd est aussi un enfant «à clés», qui porte au cou les instruments divers destinés à ouvrir ses serrures, improvise tout le temps, pour cause d'absence de mémoire...

Ajoutez à ses titres celui de bibliophile qui garde chez lui les ouvrages consacrés aux fous et à leur philosophie, parmi lesquels La Folie d'Érasme demeure une référence. Il se dit thérapeute par le rire et la fantaisie. «Il y a 2500 clubs de rire à travers le monde», précise François Gourd. Dans son film, on en verra un en pleine activité de dilatation de rate.

L'Avis d'un fou n'est pas une oeuvre cinématographique de haut vol. Plutôt un document amusant, avec des scènes vraiment hilarantes, des moments creux, des remontées. Il est porté par le charme de son sujet. On applaudit aux bonds de ses chiens Jo Binne et Elvis, aux témoignages éclairés de ses fils, d'abord honteux puis contents d'avoir un papa si peu conventionnel. François Gourd s'écarte parfois pour laisser s'exprimer d'autres fous que lui: d'Armand Vaillancourt à Jacques Languirand, de l'entarteur belge Noël Godin à Michel Chartrand. Sa caméra se promène entre le Sommet des Amériques à Québec, Les Foufounes, le Lion d'Or et d'autres antres enfumés, etc.

Un an de recherche de documents, six mois de visionnement et six mois de montage pour couper ou coller. François Gourd ne trouve pas si facile le travail de documentariste, mais il aime témoigner de la folie à travers tous les langages, et les film peuvent parler d'une époque, d'une manière de voir la vie mieux que les spectacles éphémères.

Au début d'avril, François Gourd présentera au Lion d'Or à quelques happy few son dernier film tourné en une seule journée: La Pharmacie de l'espoir. Trente-neuf artistes et comédiens improvisaient devant six caméras. Il inaugurera aussi son Hommage à la masturbation avec performances collectives à l'appui, enfourchera sa bicyclette ou jouera avec ses chiens clowns au cours de ses moments libres de sage ou de fou.