«La descente»: culpabilité dévastatrice

Catherine Bérubé dans le film La descente
Photo: TVA Films Catherine Bérubé dans le film La descente

Le cinéaste Gabriel Allard a choisi le bon moment pour sortir son premier long métrage. Tandis qu’on parle beaucoup de réduire notre consommation d’alcool ces derniers jours et que le Janvier sobre (Dry January) cédera sa place au Défi 28 jours sans alcool en février, son drame à énigme La descente expose les dangers de l’alcool au volant dans une violence inédite au cinéma québécois.

Le film s’ouvre justement sur une terrible scène d’accident de voiture. Mais ce n’est pas tant la violence physique que la violence psychologique qui marque le film. De fait, la protagoniste, Mary-Jane (Catherine Bérubé), qui se retrouve parmi les victimes de l’accident qui a tué de jeunes enfants, doit ensuite affronter sa propre culpabilité et les remontrances des parents.

Dès les premières minutes, une ambiance glauque, presque surnaturelle, s’installe. Mary-Jane semble de plus en plus rongée par la culpabilité, jusqu’à se faire violence à elle-même. Ce n’est toutefois qu’à la toute fin qu’on apprend pourquoi tout le mondes’en prend à elle, puisque son rôle dans l’accident, lié à l’alcool au volant, demeure jusque-là ambigu.

Se prendre trop au sérieux

Gabriel Allard affirme s’être inspiré de Darren Aronofsky, et cela se voit dans son film. Tout comme dans les longs métrages du cinéaste américain La baleine et Mère !, l’intensité des scènes augmente en crescendo, pour se conclure sur une finale surprenante. On en apprend davantage, en l’occurrence, sur ce qui s’est passé le soir de l’accident. Or, le cinéaste verse abondamment (trop) dans le mélodrame et le symbolisme.

Autoproduit et financé avec l’aide de commanditaires privés, ce film de genre à petit budget donne l’impression de se prendre trop au sérieux, tellement certaines confrontations semblent exagérées. Il aurait d’ailleurs bénéficié de moments de ralentissement, voire d’humour. Heureusement, il arrive à générer suffisamment d’anticipation pour appuyer l’intensité de son dénouement.

Une Américaine en Gaspésie

La représentation du territoire et des cultures dans le film pose aussi des questions. Mary-Jane est une athlète de planche à neige américaine professionnelle, résidant seule dans les Chic-Chocs pour y pratiquer son sport. Elle ne parle pas français et tous les personnages se parlent anglais sans accent québécois, hormis quelques mots français lancés çà et là.

Le film peine à justifier, en lui-même, une telle utilisation de l’anglais. Dans une entrevue à CTVM Info, Gabriel Allard explique que « l’idée du film [lui] est venue en anglais » et que « le désir de financer le film de façon privée et [de] le faire voyager à travers le monde est venu renforcer la décision de le faire en anglais ». Une telle vision du cinéma, où l’utilisation de la langue de Shakespeare doit être considérée comme garante d’un meilleur succès international, déçoit.

On ne doute toutefois pas que le cinéaste, qui indique avoir déjà des idées de prochains longs métrages, saura corriger le tir à l’avenir. La descente comporte certes plusieurs irritants, mais témoigne aussi d’une énergie et d’une passion pour le cinéma de genre qui s’annoncent prometteurs et nécessaires dans le paysage québécois.

La descente (V.F. de Snow Angel)

★★ 1/2

Drame à énigme de Gabriel Allard. Avec Catherine Bérubé, Paul Doucet et Olivier Renaud. Canada, 2022,92 minutes. En salle.

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