«The Son»: dans l’ombre de son prédécesseur

Une scène du film Le fils avec Hugh Jackman et Zen McGrath
Photo: Entract Films Une scène du film Le fils avec Hugh Jackman et Zen McGrath

The Father, le premier long métrage de Florian Zeller, était un véritable chef-d’oeuvre immersif, offrant au spectateur l’occasion d’expérimenter la démence de l’intérieur, à travers le personnage d’un vieil homme en perte de repères, brillamment incarné par Anthony Hopkins. Sa mise en scène astucieuse transformait un appartement londonien en labyrinthe de miroirs, reflétant les dédoublements et les errements de la pensée du protagoniste.

Malheureusement, mis à part un goût prononcé pour le pessimisme et une attention soutenue portée aux détails qui peuvent paraître anodins, Le fils (V.F. de The Son), son deuxième essai, a peu en commun avec son prédécesseur. Pourtant, il est difficile de ne pas comparer les deux films, qui se déroulent dans le même univers — Hopkins faisant même une brève apparition — et traitent tous deux de différents aspects de la santé mentale.

Alors que Zeller décodait avec brio les méandres d’un esprit qui vacille dans son premier essai, il peine à convaincre dans le second, notamment parce qu’il choisit d’adopter le point de vue de ceux qui souffrent de manière collatérale d’un proche atteint de maladie mentale. Plutôt que de tenter de démystifier l’incompréhensible, il préfère filmer le déni et l’impuissance, multipliant les scènes tragiques et déchirantes, souvent au détriment du gros bon sens et de la bienveillance.

Peter (Hugh Jackman) a tout pour lui. Une carrière florissante, un bel appartement en plein coeur de Manhattan, une jeune épouse (Vanessa Kirby) dont il est éperdument amoureux et un bébé tout neuf. Or, la réalité le rattrape de plein fouet lorsque son ex-femme, Kate (Laura Dern), frappe à sa porte en lui annonçant que leur fils Nicholas (Zen McGrath) ne va pas bien, ne s’est pas présenté en classe depuis près d’un mois et demande à vivre avec son père.

Convaincu que son fils remonte tranquillement la pente, Peter a du mal à comprendre qu’il ne dispose pas des outils nécessaires pour aider celui-ci à garder la tête hors de l’eau et se sortir de la dépression sévère dont il souffre, trop pris par son travail et par les dilemmes moraux qui le contraignent à confronter sa propre relation houleuse avec son père.

On saisit rapidement que ce que souhaite le réalisateur, c’est d’abord rendre compte de la difficulté de communiquer, de l’impuissance parentale, des fictions que les proches se racontent pour ne pas sombrer, de l’aveuglement qui s’érige vite en barrière insurmontable, des carences émotionnelles qui empêchent de répondre adéquatement à la souffrance d’autrui.

Que des parents soient désemparés devant un diagnostic de dépression ? Oui. Mais qu’ils soient estomaqués au point de ne rien connaître des symptômes, des signes et des ressources disponibles ? Qu’ils poursuivent leur vie sans se rendre compte que leur fils sèche les cours depuis des semaines ? Moins crédible. D’autant plus qu’avec des acteurs de la trempe de Laura Dern et de Hugh Jackman, le cinéaste n’aurait pas eu besoin de ces exagérations — et de quelques retours en arrière larmoyants — pour expliciter le déni, la souffrance, le sentiment d’échec, retirant ainsi un peu de poids des épaules d’un adolescent qui appelle à l’aide.

Le fils (V.F. de The Son)

★★

Drame de Florian Zeller. Avec Hugh Jackman, Laura Dern, Vanessa Kirby et Zen McGrath. États-Unis–France–Royaume Uni, 2022, 123 minutes. En salle.

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