«Une belle course»: Un «road movie» à travers l’espace et le temps

Line Renaud et Dany Boon dans le film Une belle course
Photo: AZ Films Line Renaud et Dany Boon dans le film Une belle course

Ce n’était qu’une petite chute, mais elle lui a mis le doigt dans l’engrenage et, à présent, elle n’a plus le choix. Madeleine, 92 ans, bon pied bon oeil, mais pas assez bon de l’avis des médecins, se voit obligée de partir vivre dans l’équivalent français d’un CHSLD à l’autre bout de Paris. Et c’est Charles, un chauffeur de taxi endetté, qui va l’emmener, attiré par une course juteuse. En sillonnant la ville, Madeleine se remémore les événements marquants de sa vie et soumet au chauffeur une requête incongrue : repasser dans les endroits clés de son existence.

On ne les avait plus revus ensemble depuis qu’ils interprétaient le fils et sa mère « ch’nordistes » : Dany Boon et Line Renaud se retrouvent enfin 15 longues années après Bienvenue chez les Ch’tis et cinq ans après La ch’tite famille, et l’alchimie entre les deux est intacte. Dans Une belle course, les deux interprètes donnent corps et coeur à ce rapprochement inattendu entre deux générations et deux individus vidés de leur humanité par la société. Lui n’est guère plus qu’un outil pour ses clients, tandis qu’elle fuit un avenir morne à travers ses souvenirs. Si l’on dit que la vieillesse est un naufrage, c’est en tout cas comme ça que le personnage de Madeleine le ressent à l’idée de devoir emménager dans un CHSLD. Les extraordinaires yeux bleus de Line Renaud pétillent comme si elle y était à l’évocation de la jeunesse de son personnage. Boon et Renaud donnent le meilleur d’eux-mêmes sous la direction de Christian Carion. Le réalisateur avait déjà mis en scène Dany Boon dans son film historique Joyeux Noël, qui avait valu à l’acteur et humoriste, alors en mal de reconnaissance de la part de la profession, une nomination pour le César du meilleur acteur dans un second rôle.

La musique à l’oeuvre

Le cinéaste parvient à mélanger deux genres avec doigté et nous fait naviguer en mode croisière entre le road movie au fil des rues parisiennes et le film d’époque. Celui-ci réhumanise admirablement une plaque commémorative avec une simple larme coulant sur le visage de Line Renaud. Et sans la moindre secousse, le voilà qui nous plonge la minute d’après dans un bal populaire au bras d’un GI en 1944. En transition constante entre le passé et le présent, la réalisation fait passer la bande originale du film de cheville ouvrière à maître d’oeuvre. La musique fait glisser tout en délicatesse le spectateur d’une époque à une autre et crée même de temps à autre une vraie magie nostalgique au goût de regret. On pense notamment à la première apparition du personnage de Ray qui émerge de la lumière sur At Last d’Etta James, comme serait apparue Rita Hayworth à sa grande époque. Pour un peu, Carion réussirait presque à nous faire regretter un temps qu’on n’a pas connu.

N’eussent été les quelques rebondissements dans l’histoire, dramatiques, voire extrêmes. Le scénario que Carion cosigne parvient à ménager quelques surprises, avant de tomber dans une fin prévisible dont on espérait mieux. Plus que les péripéties qui ont jalonné la vie de Madeleine, on ressort de la salle avec surtout à l’esprit le réquisitoire que fait Une belle course contre ces mouroirs où l’on parque nos anciens en se disant que c’est pour leur bien afin de se donner bonne conscience.

Une belle course

★★★

Comédie dramatique de Christian Carion. Avec Dany Boon, Line Renaud, Alice Isaaz et Jérémie Laheurte. France, 2023, 91 minutes. En salle.

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