Les histoires sombres et les grandes premières du cinéma québécois

Illustration: Alain Pilon

Un récit initiatique sur fond de conflits interethniques, une sanglante histoire de tueur à gages et un road movie teinté d’une séparation explosive… Les prochains mois de cinéma québécois s’annoncent forts en émotions, voire assez sombres. Cette éclectique cuvée hivernale comporte également plusieurs premières, dont le premier grand rôle au cinéma de Henri Picard ou encore le premier long métrage de Miryam Charles.

Onur Karaman, qui lancera le bal avec Respire, en est quant à lui à son quatrième long métrage, mais il demeure peu connu du grand public. Ce film pourrait remédier à la situation. Gagnant du prix du meilleur film de la compétition québécoise de Cinemania, il s’agit d’un récit initiatique où les destins d’un adolescent marocain de 15 ans et d’un Québécois de 27 ans récemment licencié s’entrechoquent, dans un quartier populaire de Montréal. Le 27 janvier.

Une semaine plus tard, la réalisatrice Joëlle Desjardins Paquette présentera Rodéo, un road movie primé au festival du film de Whistler. Un camionneur québécois (Maxime Le Flaguais) traîne sa jeune fille dans un voyage de trois jours jusqu’en Alberta, afin d’assister à une légendaire compétition de camions lourds. La bande-annonce présage de belles images des plaines de l’Ouest, ainsi que d’intenses confrontations. Le 3 février.

Film d’ouverture des prochains Rendez-vous Québec Cinéma, Le plongeur est présenté comme le grand événement cinématographique de l’hiver. C’est aussi dans cette adaptation du roman à succès de Stéphane Larue que Henri Picard, fils de Luc, tiendra son premier grand rôle au cinéma. Ce film de Francis Leclerc (Pieds nus dans l’aube, L’arracheuse de temps) relate les tribulations d’un étudiant endetté qui se décroche un emploi dans un restaurant chic, qui ne le laissera pas indemne. Le 24 février.

Photo: Sphère Média Une scène tirée du film « Le plongeur », du cinéaste Francis Leclerc

Des surprises

Des cinéastes bien établis pourraient aussi surprendre avec ces oeuvres inusitées. Notons, d’abord, Crépuscule pour un tueur, un drame criminel de Raymond St-Jean (Louise Lecavalier : sur son cheval de feu), librement inspiré de la vie du tueur à gages Donald Lavoie (Éric Bruneau). Une semaine plus tard, François Bouvier (La Bolduc), qui semble avoir pris goût aux films d’époque, présentera une ambitieuse mais prometteuse adaptation du roman La cordonnière (Pauline Gill). Respectivement les 10 et 17 mars.

Le nouveau cinéma d’auteur n’est pas en reste pour autant cet hiver. Nous pourrons enfin découvrir, le 24 mars, Le coyote, de Katherine Jerkovic (Les routes en février). Lauréat du prix du meilleur film canadien à Whistler, il a également charmé la critique lors de sa présentation au TIFF. Emmanuel Tardif (Soumissions) reviendra quant à lui avec Au grand jour, en avril. Guy Édoin, un habitué des grands festivals internationaux, livrera pour sa part Frontières, le 3 mars.

Photo: Karl Jessy Guillaume Cyr et Sonia Cordeau dans le film « Bungalow ».

La seule comédie de notre sélection paraîtra en avril. Il s’agit de Bungalow, le deuxième long métrage de Lawrence Côté-Collins. La bande-annonce du film, qui relate le cauchemar d’un couple qui achète une maison à rénover, suggère une mise en scène soignée et contrastée, ainsi que des dialogues savoureux. Le 7 avril.

Des documentaires

Cette maison, premier long métrage de Miryam Charles, qui a été présenté en première à la Berlinale et maintes fois primé en festivals, brouille les frontières entre le documentaire et la fiction. Conçu comme une « biographie imaginaire » inspirée du meurtre tragique — et bien réel — de sa jeune cousine, le film propose un regard nouveau sur la société québécoise, celui de la diaspora haïtienne de l’époque postréférendaire, dans une mise en scène innovante. Le 10 février.

Vraisemblablement, le mois de février sera riche en documentaires de grande qualité, puisqu’une semaine plus tard, Jouvencelles, de Fanie Pelletier, prendra l’affiche au Québec. Le film aborde l’adolescence au féminin et ses défis à notre ère hyperconnectée. Combinant trois récits enchâssés ainsi que des images glanées sur le Web de jeunes femmes de partout dans le monde, il surprend par l’originalité de son traitement du sujet. Le 3 février.

Photo: La distributrice de films Une image tirée du documentaire « Jouvencelles ».

Des documentaires foncièrement politiques se mettront aussi de la partie. Ressources, de Hubert Caron-Guay et Serge-Olivier Rondeau, s’intéresse aux impacts de la production industrielle de viande, autant sur l’environnement que sur les travailleurs. 2012/Dans le cœur, de Rodrigue Jean et Arnaud Valade, replonge quant à lui dans le Printemps érable, réemployant des images trouvées, pour aborder la brutalité policière. Respectivement les 27 janvier et 31 mars.

Pour toute la famille

2023 marque le retour des Contes pour tous, une franchise très aimée des Québécois derrière des classiques tels que La guerre des tuques et Bach et Bottine. Le nouvel opus de la série, Coco Ferme, de Sébastien Gagné, raconte l’histoire d’un entrepreneur de 12 ans qui lance une ferme de poules pondeuses avec une jeune youtubeuse. Le 24 février.

La relâche scolaire sera aussi l’occasion de découvrir Katak, le brave béluga. Ce film d’animation de Christine Dallaire-Dupont et Nicola Lemay suit un charmant béluga dans sa quête du grand amour, avec les voix de Ginette Reno, Yves Jacques, Ludivine Reding, Martin Drainville et Guylaine Tremblay, entre autres.
 


Une version précédente de ce texte, qui indiquait que le film Bungalow était le premier long métrage de Lawrence Côté-Collins, a été corrigée. Il s'agissait plutôt de son deuxième. Aussi, le nom de Serge-Olivier Rondeau a été ajouté parmi les réalisateurs du film Ressources.



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