Michael Snow, illustre artiste multidisciplinaire canadien, s’est éteint

Né le 10 décembre 1929 à Toronto, Michael Snow a étudié la peinture et la sculpture dans la ville reine, avant de s’installer à New York pour quelques années. C’est là qu’il fut remarqué par le milieu du cinéma expérimental. On le voit ici devant sa toile «Lac Clair» (1960).
Glenn Lowsom, Musée des beaux-arts de l’Ontario via La Presse canadienne Né le 10 décembre 1929 à Toronto, Michael Snow a étudié la peinture et la sculpture dans la ville reine, avant de s’installer à New York pour quelques années. C’est là qu’il fut remarqué par le milieu du cinéma expérimental. On le voit ici devant sa toile «Lac Clair» (1960).

Le cinéaste, photographe, plasticien et musicien Michael Snow s’est éteint jeudi, à l’âge de 94 ans. Il fut l’un des artistes d’avant-garde canadiens les plus influents de sa génération. La galerie new-yorkaise Jack Shainman, qui le représente, a confirmé son décès aux médias vendredi.

« Je suis effondrée, je suis bouleversée », soupire la galeriste parisienne Martine Aboukayia, qui a souvent présenté son travail. « Michael Snow est un génie, dit-elle. Le monde de l’art va se souvenir de lui comme d’une personne libre qui a expérimenté des choses invraisemblables. »

Né le 10 décembre 1929 à Toronto, il a étudié la peinture et la sculpture dans la Ville Reine, avant de s’installer à New York pour quelques années. C’est là qu’il fut remarqué par le milieu du cinéma expérimental, dont l’écrivain et réalisateur lituano-américain Jonas Mekas.

En 1967, il présente le moyen métrage Wavelength, qui demeure son oeuvre la plus célèbre à ce jour. Le film consiste en un lent zoom avant de 45 minutes, en plan fixe, qui s’ouvre sur une vue d’ensemble de l’atelier de l’artiste et qui se termine sur un plan rapproché d’une photographie de la mer accrochée au mur. En 2001, les critiques du magazine Village Voice l’avaient élu 85e meilleur film du 20e siècle.

« Michael Snow est un homme d’une grande complexité d’imagination, peut-être l’artiste canadien le plus important », soutient Louise Déry, professeure, commissaire et directrice de la Galerie de l’UQAM, qui l’a bien connu et qui a dirigé maintes expositions de son travail.

Alain Fleischer, éminent artiste multidisciplinaire et directeur du centre d’art contemporain Le Fresnoy, situé en banlieue de Lille, le considère comme « un artiste unique qui n’a cessé d’inventer ». En France, « il est reconnu comme une figure majeure du cinéma expérimental », dit-il.

Un homme attaché au Québec

L’autre film le plus connu de l’artiste, La région centrale (1971), a été tourné au Québec, sur la Côte-Nord. Il représente un paysage nordique inhabité avec le plus de points de vue et de mouvements de caméra possible, en trois heures, à l’aide d’une caméra 16 mm fabriquée sur mesure.

« Michael Snow est probablement l’un des cinq ou six Canadiens anglophones qui m’a vraiment fait sentir que j’appartenais au même pays que lui », raconte Marcel Jean, directeur général de la Cinémathèque québécoise. L’artiste entretenait, dit-il, un rapport profondément « canadien » avec le territoire et la culture. « Il parlait d’ailleurs très bien français et avait un grand sens de l’humour. »

Mme Déry se souvient qu’il « avait un attachement pour la langue et la culture québécoise, entre autres pour la région de Chicoutimi ». Sa peinture Lac Clair (1960), représentative de sa démarche picturale de rapprochement entre le sujet figuré et la surface de toile, représente justement le lac du même nom au nord de Saguenay.

Photo: Galerie de l’UQAM «Souffle Solaire (Cariatides du Nord)» (2002)

M. Jean précise que Michael Snow a non seulement influencé des cinéastes mondialement connus, tels que Jonas Mekas et Chantal Akerman, mais également des artistes d’ici, comme le Torontois Atom Egoyan ou encore les Québécois Pierre Hébert et Jean Pierre Lefebvre. « Il a aussi marqué la première génération de véritable cinéma d’auteur au Canada anglais, dans les années 1980. »

Michael Snow, « personnage-orchestre »

La portée du travail de Michael Snow ne se limite toutefois pas aux milieux hermétiques du cinéma expérimental et des universités. Il a réalisé des installations d’art public célèbres, comme Flight Stop (1979), qui représente des bernaches en plein vol, au Centre Eaton de Toronto, ou encore The Audience (1989), où des amateurs de sports peints en or, plus grands que nature, sortent du Centre Rogers depuis un grand balcon en béton.

Michael Snow a également eu une « grande influence dans le monde de la musique actuelle », rappelle M. Jean. Il a notamment cofondé le Canadian Creative Music Collective en 1974, s’est voué à l’improvisation libre, a inspiré du free-jazz. Toute l’oeuvre de cet « homme-orchestre », estime Mme Déry, permet de « connecter les médiums artistiques entre eux ».

La commissaire raconte avoir été particulièrement épatée par son oeuvre vidéo Souffle solaire (Cariatides du Nord) (2002), où l’on voit, dans un plan fixe de 60 minutes, une toile battre contre une moustiquaire et une fenêtre ouverte. À l’extérieur, le soleil éclaire un panneau solaire qui, lui, alimente la caméra qui filme la vidéo. On y ressent, dit-elle, enthousiaste, toute l’essence de la démarche de Michael Snow, « qui considérait l’art comme une fenêtre sur le monde et qui interprétait le monde à travers l’art ».

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