«Rosie»: l'âge de raison

La cinéaste métisse-crie Gail Maurice montre, avec Rosie, une famille à l’opposé des préconceptions traditionnelles. Ici, ni mère ni père, et encore bien moins de ribambelles d’enfants modèles ou de pavillons ordonnés, mais plutôt une tante complètement larguée qui a du mal à payer son loyer et à qui on impose la garde de sa nièce orpheline.
Photo: TVA Films La cinéaste métisse-crie Gail Maurice montre, avec Rosie, une famille à l’opposé des préconceptions traditionnelles. Ici, ni mère ni père, et encore bien moins de ribambelles d’enfants modèles ou de pavillons ordonnés, mais plutôt une tante complètement larguée qui a du mal à payer son loyer et à qui on impose la garde de sa nièce orpheline.

Rosie est une fillette autochtone de six ans pleine de vie et de joie qui sème le bonheur autour d’elle, bien que la réalité de son quotidien ne soit pas aussi rose. Celle-ci vient en effet de perdre sa maman et se voit bon gré mal gré placée à Montréal chez sa tante, Fred, dont elle ignore tout. En adaptant un précédent court métrage dans un film de près d’une heure et demie, Gail Maurice invite le spectateur à connaître davantage cette famille loin d’être comme les autres, mais d’autant plus attachante. Rosie est de ce fait une oeuvre éclatante par sa bienveillance et son caractère atypique.

La cinéaste métisse-crie nous montre ainsi avec Rosie une famille à l’opposé des préconceptions traditionnelles. Ici, ni mère ni père, et encore bien moins de ribambelles d’enfants modèles ou de pavillons ordonnés, mais plutôt une tante complètement larguée qui a du mal à payer son loyer et à qui on impose la garde de sa nièce orpheline. Les débuts du duo Fred-Rosie — formidablement incarnées par Mélanie Bray et la jeune Keris Hope Hill — sont un peu compliqués. Celles-ci peuvent néanmoins compter sur le soutien émotionnel et affectif sans limites de Flo et Mo, les meilleures amies de la nouvelle tutrice. Et c’est précisément là que réside la force du film, quelque part entre ces quatre personnages liés par un amour filial créé de toutes pièces, mais à la puissance inconditionnelle et salvatrice. Ensemble, Rosie, Fred, Flo et Mo vont construire leur propre foyer, fait de bric et de broc, de peintures chatoyantes et de nombreuses réjouissances.

Cette famille est d’autant plus hors norme, extraordinaire, qu’elle est teintée par la queerness et la marginalité. Ces particularités ont par ailleurs valu à Gail Maurice une sélection bien méritée au festival de cinéma LGBTQ2+ Image + Nation cette année, qui a présenté Rosie en ouverture. Situé dans le Montréal flamboyant des années 1980, le film raconte également le destin de Flo et de Mo, elles aussi brillamment incarnées par Constant Bernard et Alex Trahan (Pré-drink), deux amies qui refusent d’être cantonnées à leur sexe assigné à la naissance. Et la société pourra bien dire ce qu’elle voudra ! La preuve, s’il en fallait une, est faite avec cette scène de funérailles iconique et le discours plein d’amour prononcé par Flo pour sa défunte mère.

En faisant un bond de plusieurs décennies dans le passé, la réalisatrice parvient également à faire de Rosie un long métrage plus que jamais moderne et aborde en sous-texte des thèmes d’actualité comme le bilinguisme et l’itinérance qui touche les communautés autochtones. Grâce au regard délicat de sa caméra, Gail Maurice procure de cette manière un peu de baume au coeur à celles et ceux qui en auraient besoin.

Enfin, saluons la fascinante bande sonore de Rosie qui apporte toujours plus de couleurs à une trame déjà délicieusement polychrome. De Ceux qui s’en vont de Ginette Reno à Hit Me With Your Best Shot de Pat Benatar en passant par des morceaux de Blue Peter et Paupière, Gail Maurice a tout bon !

Rosie

★★★★

De Gail Maurice. Avec Mélanie Bray, Keris Hope Hill, Alex Trahan et Constant Bernard. Canada, 2022, 90 minutes. En salle.

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