Un premier long métrage pour Marianne Farley

Les comédiens Eliott Plamondon, Céline Bonnier et Zeneb Blanchet, avec la réalisatrice Marianne Farley (derrière à droite)
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Les comédiens Eliott Plamondon, Céline Bonnier et Zeneb Blanchet, avec la réalisatrice Marianne Farley (derrière à droite)

Réalisatrice de deux courts métrages qui ont fait parler d’eux jusqu’aux Oscar, Marianne Farley a placé la barre très haut pour son premier long métrage. Après un tournage compliqué par la COVID, et une sortie repoussée pour les mêmes raisons, Au nord d’Albany prend finalement l’affiche vendredi. Céline Bonnier y est très juste dans la peau d’une mère monoparentale qui fuit aux États-Unis avec ses enfants pour protéger son aînée, dévorée par un mal-être et un terrible secret.

Au nord d’Albany n’est pas un film très gai, même s’il est traversé par une lueur d’espoir qui jaillit de l’amour maternel, l’amour inconditionnel, au centre de ce film. « Un film d’automne », résume avec humour Marianne Farley, moins mélancolique en entrevue que son premier long métrage.

On y suit Annie (Céline Bonnier), qui quitte précipitamment Montréal pour les États-Unis avec ses deux enfants nés de deux pères différents : l’adolescente tourmentée Sarah (Zeneb Blanchet) et le petit Félix (Eliott Plamondon), rayon de soleil dans ce tableau assez sombre. Dès les premières minutes du film, on se doute que la jeune Sarah a commis un geste grave qui force sa mère, avec qui elle entretient une relation tendue, à prendre la fuite avec elle pour l’amener chez son père, en Floride.

« Pour moi, c’est un film sur la fuite. Mais je voulais aussi montrer que la solution à tout ça, ce sont les rencontres que l’on fait dans la vie, qui nous obligent à faire face à nous-mêmes », poursuit Marianne Farley, qui cosigne également le scénario avec Claude Brie.

Dans ce scénario somme toute assez convenu, l’histoire prend réellement forme lorsque la voiture des protagonistes tombe en panne dans un village perdu des Adirondacks, où ils n’auront d’autre choix que de s’arrêter. C’est là que leur route croisera celle du taciturne mécanicien Paul (Rick Roberts), un père célibataire qui dissimule lui aussi un lourd secret, mais qui permettra à la mère et à sa fille de renouer.

Tournage pandémique

 

Au départ, Au nord d’Albany devait effectivement être tourné dans les paysages bucoliques de la Nouvelle-Angleterre, mais la COVID-19 a forcé Marianne Farley à se replier sur la campagne montérégienne, puisque la frontière était fermée. C’est l’un des nombreux compromis qu’a dû faire la réalisatrice sur ce tournage, qui a débuté à l’automne 2020, en pleine deuxième vague de la pandémie.

« Si on n’avait pas été en pandémie, j’aurais fait un plan-séquence, j’aurais fait les choses différemment, c’est certain. J’ose espérer que ça ne se voit pas dans le film, mais c’est sûr que ça a influencé mes choix artistiques », confie celle que l’on a d’abord connue comme actrice.

Marianne Farley ne devait pas à l’origine réaliser ce film : elle était plutôt pressentie pour le premier rôle. Mais malgré la dureté du propos, elle a eu un coup de coeur pour cette histoire dans laquelle il est question d’homosexualité, d’intimidation, de suicide et même de violence par arme à feu. Rapidement, elle a choisi de collaborer au scénario pour en faire son premier film.

Pas de pression

 

Ce premier long métrage est l’un des films québécois les plus attendus de l’année chez les critiques. Son court métrage Marguerite a été en nomination aux Oscar en 2019, alors que Frimas s’est rendu jusqu’à la courte de l’Académie en 2022. « J’essaie de ne pas focaliser sur les attentes. Sinon, c’est trop vertigineux. Je ne fais pas des films de toute façon pour la reconnaissance. Je fais des films parce que j’ai quelque chose à dire », précise avec humilité Marianne Farley, qui a opté pour une réalisation très sobre.

L’actrice principale du film, Céline Bonnier, n’a que de bons mots à son endroit et garde d’excellents souvenirs de ce plateau, malgré les conditions de tournage très difficiles dues à la pandémie. « J’ai beaucoup aimé l’écriture, les dialogues. J’aimais l’impulsivité de mon personnage, et son immaturité. J’aimais que ce soit sa fille qui lui apprenne à vivre », raconte la comédienne, qui se réjouit de tourner de plus en plus avec des femmes à la réalisation.

Parmi ces femmes au Québec qui s’illustrent derrière la caméra : Marianne Farley, qui travaille déjà sur un deuxième long métrage.

Au nord d’Albany

Drame de Marianne Farley. Avec Céline Bonnier et Zeneb Blanchet. Canada, 2022, 107 minutes. En salle.

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