«Un 23 décembre» plus ou moins réussi

Scène du film «23 décembre»
Photo: Karine Dufour Scène du film «23 décembre»

Calqué sur les films de Noël américains à l’eau de rose, 23 décembre n’a pas vocation à être un film d’auteur très recherché. Ce n’est pas en soi un sacrilège : le temps des Fêtes n’a jamais été la période de l’année où nos goûts sont les plus sophistiqués. Le gâteau aux fruits n’est pas de la grande gastronomie, pas plus que la lassante All I Want for Christmas Is You n’est une grande chanson. N’empêche que pour prétendre au titre de plaisir coupable, quitte à s’élever au rang de tradition, le « Love Actually québécois » aurait peut-être eu besoin d’un scénario mieux ficelé.

23 décembre se veut un film choral, où l’on suit une panoplie de personnages qui subissent des intrigues quelconques en cette veille de réveillon de Noël. Toutes ces péripéties sont interreliées, mais le hic, c’est qu’elles ne suscitent pas toutes le même intérêt. Le scénario d’India Desjardins cherche à ratisser trop large pour plaire au plus grand nombre. Il faut dire que de grandes attentes commerciales pèsent sur 23 décembre, alors que l’industrie du cinéma a continué de souffrir des aléas de la pandémie cette année.

Or, le mangeur de pop-corn moyen risque de se perdre dans ce fourre-tout. Certaines histoires tombent rapidement à plat et s’étirent inutilement. Plusieurs personnages manquent d’épaisseur quand d’autres nous accrochent d’emblée, ce qui crée un certain déséquilibre. Le film, présenté comme une comédie romantique, en souffre. Les blagues ratent parfois leur cible. On rit trop peu, on sourit au mieux. À travers cette ribambelle de personnages, on en vient même à oublier l’histoire d’amour, ce qui donne moins de poids à la sirupeuse scène du baiser final.

Stéphane Rousseau, dans la peau d’un chanteur has-been et infidèle, aurait presque pu être retranché au montage. On aurait aussi pu faire l’économie de Bianca Gervais et de Christine Beaulieu, qui cherchent désespérément leur chien dans le Château Frontenac durant une bonne partie du film, sans que cela apporte grand-chose au récit. Heureusement, le couple de baby-boomers interprété par Guylaine Tremblay et Michel Barrette sauve la mise. Leurs répliques savoureuses trouveront écho dans bien des familles à l’approche des Fêtes, cette période souvent synonyme de malaises intergénérationnels au Québec.

Guylaine Tremblay est très juste dans la peau d’une mère névrosée qui veut trop que son Noël avec ses millénariaux d’enfants soit plus que parfait. Quitte à se conformer aux moindres exigences de l’époque : la dinde nourrie aux grains ou encore les biscuits sans gluten. Au grand dam de son mari, réfractaire au changement, du genre à s’agacer que l’on dise maintenant « temps des Fêtes » plutôt que « Noël » pour accommoder certains.

Un rôle taillé sur mesure pour Michel Barrette. La scène où son personnage est confronté à une ambulancière qui porte le foulard, mais qui fête Noël, est particulièrement réussie. Sans doute le moment le plus drôle du film, le plus réfléchi aussi. Comme quoi, on peut parfois faire les deux en même temps.

Oui, 23 décembre est un film de Noël à l’américaine qui, par définition, se veut avant tout rassembleur, voire racoleur. Mais le film aurait gagné à s’aventurer sur des pistes plus glissantes. Légèreté ne doit pas pour autant rimer avec vacuité.

23 décembre

★★ 1/2

Comédie de Miryam Bouchard avec Virginie Fortin, Bianca Gervais et Stéphane Rousseau. Québec, 2022, 101 minutes. En salle.

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