«Avalonia, un monde étrange»: émerveillement universel

Une image tirée du film «Avalonia : Un monde étrange»
Photo: Disney Une image tirée du film «Avalonia : Un monde étrange»

Le plus récent « classique d’animation » de Disney semble avoir été conçu pour plaire au plus large public possible, tellement il emprunte à de nombreux genres cinématographiques et rassemble un éclectique groupe de personnages. Avalonia : un monde étrange mêle habilement un récit d’aventures à la Jules Verne, des codes des « space westerns » et des propos universels sur la famille et l’environnement.

« Avalonia », c’est aussi le nom de la planète où vit paisiblement Searcher Clade avec sa famille jusqu’au jour où « Pando », une sorte d’engrais vivant à base de plante qui avait précédemment garanti le succès de ses récoltes, commence à flétrir. Pando avait initialement été découvert et amené à Avalonia par Jaeger, le père de Searcher. Illustre explorateur, il a disparu depuis des années, parti seul vers une expédition de laquelle il n’est jamais revenu.

Parce que Pando s’affaiblit et que Searcher, un agriculteur, doit garantir la survie de sa communauté, il part en expédition sous la surface d’Avalonia, à la recherche de la source de l’engrais magique. Accompagné d’un petit groupe de chercheurs, ainsi que de sa femme, de son fils, et de leur très sympathique chien, Searcher retrouve son père lorsqu’il arrive au centre d’Avalonia. De vieux conflits familiaux viennent alors troubler leur périlleuse mission.

Universalité et représentation

Les affinités avec Jules Verne sont tout à fait assumées par l’équipe du film, qui raconte s’être inspirée de Voyage au centre de la Terre. Comme à la lecture de cette épopée du XIXe siècle, on se plaît à découvrir, une scène après l’autre, toutes les possibilités de l’univers fantastique qu’est Avalonia, tantôt hostile, tantôt charmant, mais toujours magnifiquement inventif. Disney n’a pas perdu l’art d’émerveiller.

D’ailleurs, nul besoin d’être un fanatique de science-fiction pour apprécier Avalonia : un monde étrange. Au fil du récit, l’intrigue repose moins sur l’aventure de l’expédition que sur les liens complexes qui unissent les membres du camp Clade. Conçu comme une bienveillante comédie romantique ponctuée de rebondissements de films d’action, Avalonia interroge des thèmes universels tels que l’émancipation face aux attentes de ses parents, ou encore, paradoxalement, l’importance de la transmission entre les générations.

« On voulait représenter un monde dans lequel [tous] pourraient se reconnaître », a confirmé Qui Nguyen, coréalisateur et scénariste, en conférence de presse. C’est aussi pourquoi le groupe de personnages du film est très « diversifié », comme le dit M. Nguyen. Plusieurs communautés culturelles et minorités sexuelles sont représentées. Le fils de Searcher, Ethan, est notamment métis et homosexuel. Il s’agit du premier protagoniste homosexuel d’un film de Disney, et son orientation est normalisée plutôt que traitée comme un problème à surmonter.

Le cinéma politique de Disney

Les enfants qui verront le film — ils en demeurent le public cible — seront sans doute transportés par ses incessantes péripéties et son univers visuel onirique. Les adultes qui les emmèneront au cinéma pourraient toutefois être agacés par le désir manifeste de Disney de politiser chaque élément du récit.

« Je pensais à mes enfants et au monde duquel ils vont hériter », a expliqué le réalisateur, Don Hall. Le film réfléchit aussi, dit-il, à « comment on devient de bons ancêtres ». Avec la quête de ses personnages qui tourne autour de la préservation de la nature et des récoltes, Avalonia témoigne ostensiblement de préoccupations écologistes.

Jusqu’ici, tout va bien. Tant mieux si le jeune public de Disney peut être sensibilisé aux changements climatiques par le cinéma. Le problème d’Avalonia — et cela va surtout agacer les adultes — vient plutôt du fait que les dialogues manquent cruellement de subtilité dans leur manière de transmettre leurs messages. Certains propos — sur l’ouverture à l’autre, sur l’environnement, sur la famille — sont maintes fois répétés comme pour s’assurer qu’il faut mieux les comprendre.

À la toute fin du film, par exemple, Ethan envoie une lettre à son père qui est lue à voix haute et qui fait office de morale, alors que de nombreuses scènes précédentes ont déjà exprimé le même point de vue. « Même si on ne peut pas vivre comme dans le passé, on se donne de meilleures chances pour l’avenir », écrit-il, avant de sous-entendre que tout ira pour le mieux.

On y perçoit un regard optimiste, voire trop idéaliste, sur l’état de notre monde face aux changements climatiques. Mais peut-être que les enfants d’aujourd’hui doivent se faire répéter ce genre de morale pour éviter de sombrer dans l’écoanxiété avant même d’avoir l’âge d’aller à l’école. Si tel est le cas, ils devraient vite aller voir Avalonia, qui demeure une oeuvre universelle, attachante et, comme à l’habitude chez Disney, fort divertissante.

Avalonia : un monde étrange

★★★ 1/2

Film d’animation de Don Hall et Qui Nguyen. États-Unis, 2022, 102 minutes. Dans certaines salles (en 3D) le 22 novembre et dans tous les cinémas participants le 23 novembre.

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