«23 décembre», un film de Noël typiquement québécois

La réalisatrice Miryam Bouchard et la scénariste India Desjardins (devant) sont entourées par une partie de la grande famille d’actrices et d’acteurs du film 23 décembre.
Valérian Mazataud Le Devoir La réalisatrice Miryam Bouchard et la scénariste India Desjardins (devant) sont entourées par une partie de la grande famille d’actrices et d’acteurs du film 23 décembre.

Une histoire « feel good » à l’américaine, mais une pléthore d’acteurs vedettes d’ici et un humour intrinsèquement québécois : la nouvelle comédie romantique de Noël 23 décembre coche toutes les cases en théorie pour devenir un immense succès commercial. Mais alors que les salles de cinéma peinent toujours à renouer avec les cinéphiles, le nouveau film de Miryam Bouchard, scénarisé par India Desjardins, arrivera-t-il à ravir la faveur des Québécois à la veille du temps des Fêtes ? Les attentes sont grandes.

« Il ne faut pas penser à ça. Ma seule motivation, c’était de faire un film de Noël qui allait me plaire. Il faut rester dans le moment présent, car si on travaille en fonction du box-office, on va paralyser », tempère Miryam Bouchard, qui nous offre ici son deuxième long métrage de l’année, après la comédie dramatiqueLignes de fuite.

La réalisatrice ne s’en cache pas cependant, elle espère que son nouveau film ralliera le grand public « de 7 à 77 ans » en salle. Miryam Bouchard nourrit même l’ambition que 23 décembre devienne un classique du temps des Fêtes grâce aux rediffusions à la télé, au même titre que Maman, j’ai raté l’avion ou que Le sapin a les boules.

Sur papier, 23 décembre rassemble en tout cas tous les éléments pour être un grand succès. Film choral, le scénario d’India Desjardins se décline en une multitude d’intrigues qui, on le découvrira au fur et à mesure, sont évidemment toutes interreliées. D’abord, celle d’Elsa Lévesque (Virginie Fortin), une célibataire endurcie maladroite, qui a le béguin pour son ami d’enfance (Sacha Charles) qu’elle retrouve une fois chaque année, durant les Fêtes. Parmi les autres personnages : Stéphanie (Catherine Brunet) et Alex (François Arnaud), qui vivent leur dernier Noël à deux, juste avant l’arrivée de leur premier enfant. Stéphane Rousseau incarne quant à lui un chanteur de variétés un peu ringard qui tente un grand retour avec un album de Noël. S’ajoutent à eux Marie-France (Guylaine Tremblay) et Normand (Michel Barrette), un couple de baby-boomers qui attendent leurs enfants pour le réveillon, avant que ce dernier se retrouve entre la vie et la mort à la suite d’une crise cardiaque.

Ça part d’une anecdote personnelle ; en 2011, mon Noël a été chamboulé quand mon beau-père a eu un malaise cardiaque. À partir de là, j’ai été témoin de plein de hasards et de chassés-croisés. J’avais l’impression qu’un film de Noël s’écrivait sous mes yeux. Et au moment où je me disais ça, j’ai réalisé qu’il n’y en avait pas tant que ça, des films de Noël, au Québec.

Pour aucun des personnages, Noël ne se déroulera comme prévu. La crise cardiaque de Normand, caricature du boomer dépassé par son époque, sera l’événement déclencheur du film, qui met également en vedette Bianca Gervais, Christine Beaulieu ou encore Marie-Hélène Thibault. « Ça part d’une anecdote personnelle ; en 2011, mon Noël a été chamboulé quand mon beau-père a eu un malaisecardiaque. À partir de là, j’ai été témoin de plein de hasards et de chassés-croisés. J’avais l’impression qu’un film de Noël s’écrivait sous mes yeux. Et au moment où je me disais ça, j’ai réalisé qu’il n’y en avait pas tant que ça, des films de Noël, au Québec », explique India Desjardins. Cette dernière assure du même souffle que le personnage incarné par Virginie Fortin, qui est aussi autrice de livres à succès pour enfants dans le film, n’est pas son alter ego.

Audacieux

 

India Desjardins écrivait encore la populaire série de livres jeunesse Aurélie Laflamme lorsqu’elle a commencé à plancher sur le scénario de 23 décembre, il y a maintenant plus de 10 ans. Très rapidement, l’idée de faire un film choral s’est imposée d’elle-même. Un projet ambitieux, tant pour la scénariste que pour la réalisatrice.

« C’est fragile, le ton d’un film choral. Il faut s’assurer que tout le monde joue au même niveau, car sinon, on peut perdre le fil. Même si tous les acteurs ne jouent pas ensemble, on a fait une répétition générale et ça a été très important, souligne Miryam Bouchard, qui a par ailleurs adoré son expérience. Je voulais absolumentqu’il y ait un effet domino entre toutes les intrigues. Ça a donc été tout un défi technique, car il fallait que j’explique qu’on ne pouvait pas couper telle ou telle scène, car sinon, l’histoire ne se tenait plus », poursuit India Desjardins, qui tenait à visionner les rushes après les journées de tournage.

C’est fragile, le ton d’un film choral. Il faut s’assurer que tout le monde joue au même niveau, car sinon, on peut perdre le fil. Même si tous les acteurs ne jouent pas ensemble, on a fait une répétition générale et ç’a été très important.

La réalisatrice et la scénariste, qui se connaissaient depuis quelques années, étaient dès le départ sur la même longueur d’onde. C’est même India Desjardins qui a pensé à Miryam Bouchard il y a deux ans quand le projet de film a commencé à prendre forme sérieusement. Les deux femmes voulaient faire un long métrage qui empruntait à tous les codes des films de Noël américains : une histoire d’amour, des paysages enneigés, de la musique de Noël. Mais il y avait aussi une volonté de part et d’autre d’adapter ces standards hollywoodiens à la réalité québécoise.

« Dans When Harry Met Sally,que je considère comme un film de Noël, on voit super bien Manhattan… J’avais envie d’être aussi chauvine qu’un New-Yorkais avec Central Park… J’aime le Québec, j’aime notre paysage. J’avais aussi envie qu’on soit fiers d’être Québécois en mettant nos propres chansons de Noël », explique Miryam Bouchard.

Ode au Québec

 

On sent, en effet, tout au long de 23 décembre cette envie de mettre en valeur des lieux emblématiques de la province, que ce soit Charlevoix, le Vieux-Québec ou la rue Sainte-Catherine. Le tout sous un vrai couvert enneigé. Le tournage a eu lieu en plein hiver, et souvent en extérieur. Certaines scènes ont été tournées juste après des tempêtes de neige, ce qui n’a pas pour autant refroidi les acteurs.

« Tourner l’hiver, c’est plus ardu, c’est plus coûteux, mais ça fait partie de nous en tant que Nordiques. On était bien habillés, ça n’a pas été si pire », raconte Guylaine Tremblay, qui voit dans le froid « une personne en soi ».

On a en effet envie de s’emmitoufler dans une couverture en buvant un lait de poule durant 23 décembre. Un film réconfortant, donc, que la réalisatrice n’a pas non plus voulu trop sucré. « C’est de la magie, c’est doux, c’est de bienveillance… Sucre à la crème, mais pas trop, car sinon, ça donne mal au coeur », illustre Miryam Bouchard.

Le public suivra-t-il ? La réponse à la fin du temps des Fêtes. « On se r’verra le 7 janvier », comme le dit la chanson qui a inspiré le titre du film.

23 décembre prend l’affiche en salle le 25 novembre.

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