«Chronique d’une liaison passagère»: péché capital entre adultes consentants

Vincent Macaigne et Sandrine Kiberlain dans une scène tirée du film « Chronique d'une liaison passagère »
Photo: Pascal Chantier Moby Dick Films Vincent Macaigne et Sandrine Kiberlain dans une scène tirée du film « Chronique d'une liaison passagère »

Charlotte (Sandrine Kiberlain), mère célibataire, et Simon (Vincent Macaigne), père marié, se sont rencontrés lors d’une soirée et ont décidé d’entamer une liaison. Pas d’attaches ni sentiments, que du plaisir, tel est leur leitmotiv. Et chaque semaine, ou presque, les amants se retrouvent pour partager un moment d’intimité, finalement plus intellectuel que charnel. Aucun ne veut se l’avouer ni l’avouer à l’autre, mais les sentiments qu’ils souhaitaient tant éviter finissent par se frayer un chemin dans leur relation prévue pour être éphémère.

Voici arrivée la nouvelle friandise douce-amère d’Emmanuel Mouret. Le réalisateur de Mademoiselle de Joncquières (2018) et de Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait (2021) nous raconte cette fois l’histoire d’un couple qui n’en est pas vraiment un — qui ne veut pas en être un — incarné par le duo encore inédit Sandrine Kiberlain-Vincent Macaigne. Le second retrouve le réalisateur qui l’avait dirigé dans un second rôle dans Les choses qu’on dit…, avec une petite promotion au passage, tandis que la première allonge ici la liste des réalisateurs de prestige pour qui elle a joué.

Dans cette liaison où la sexualité n’apparaît jamais à l’écran, c’est ce qu’il y a autour qui a de l’intérêt et, donc, ce qui fait le coeur de l’oeuvre de Mouret : les dialogues. Il y a un raffinement de la parole chez le réalisateur français qui donne une texture littéraire à ses textes, comme si on lisait du Diderot ou du Marivaux. Il fait partie de ces rares auteurs du 7e art chez qui la langue n’est pas un outil, mais un plaisir qui se savoure du bout des lèvres.

Une fois n’est pas coutume, le cinéaste n’est pas l’auteur exclusif de ce film. Chronique d’une liaison passagère est en réalité l’adaptation par Mouret d’un scénario de court métrage signé par Pierre Giraud. Cependant, le style Mouret est indéniablement présent dans chacun des mots. Ceux-ci nous emportent dès les premières minutes du film par leur humour délicat et sans filtre. Le réalisateur et scénariste trouve un équilibre fin pour nous parler librement de sexualité et de sentiments sans tomber dans la vulgarité ou dans la mièvrerie. Avec intelligence, même. La comparaison entre la longévité des condoms et celle des yaourts est à coup sûr une réplique à ressortir un soir pour briller en société !

De l’allégresse en aparté

Sandrine Kiberlain et Vincent Macaigne mettent tout leur talent au service de ces dialogues, restitués avec rythme dans le plus grand naturel. L’alchimie entre les deux acteurs saute aux yeux, et leur binôme classique d’antagonistes installe une dynamique comique qui semble inépuisable. En face de Kiberlain la décomplexée, Macaignese distingue comme le nouveau Pierre Richard, ce tendre maladroit attachant à la seconde où on le découvre. L’interprétation brillante qu’ils font de ces deux antihéros romantiques, à travers leur relation en aparté de la vie quotidienne, fait ressortir une forme d’allégresse.

La mise en scène, réglée comme du papier à musique, ne manque pas d’humour, elle non plus. Fondée sur des plans longs où les personnages, en permanence en mouvement, apparaissent aussi volatils que leur relation, elle trace notamment des parallèles entre les oeuvres d’art visibles à l’écran et les protagonistes. De même, le motif musical récurrent de Ravi Shankar se pose avec malice en contre-pied de la gêne des personnages. Mouret truffe ainsi son film de menus détails qui sont autant de touches d’humour sous-jacentes et d’indices sur la psyché de Simon et Charlotte.

Enrobée dans l’écrin diaphane de la direction photo que lui concocte son collaborateur de toujours, Laurent Desmet, la mise en scène crée constamment des parenthèses visuelles autour du couple d’amants, un cadre dans le cadre, et joue à cache-cache avec les personnages dans les décors. On se prend à ce jeu avec un plaisir qu’on ne boude pas le moins du monde tandis que Mouret nous régale de rares travellings avant détournés du mélo et aux notes d’autodérision.

C’est avec un final en non-dits plein d’entrain que nous laisse le réalisateur pour conclure parfaitement cette histoire d’amants qu’on adore. Chronique d’une liaison passagère est un délicieux péché capital aux accents espiègles dont on aura dégusté malicieusement chaque bouchée.

Chronique d’une liaison passagère

★★★★

Drame romantique d’Emmanuel Mouret avec Sandrine Kiberlain, Vincent Macaigne, Georgia Scalliet et Maxence Tual. France, 2022, 100 minutes. En salle

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