Le festival image+nation, toujours politique pour ses 35 ans

« Stop-Zemlia » (2021), de Kateryna Gornostai, présenté au festival, est une fiction explorant l’état émotionnel de la jeunesse ukrainienne aujourd’hui.
Festival image+nation « Stop-Zemlia » (2021), de Kateryna Gornostai, présenté au festival, est une fiction explorant l’état émotionnel de la jeunesse ukrainienne aujourd’hui.

Pas encore terminée, l’année 2022 a pourtant été marquée par deux événements internationaux de grande ampleur : la guerre en Ukraine déclarée par la Russie en février et les révoltes qui secouent l’Iran depuis deux mois. Fidèle à sa mission de diffusion de diverses histoires et perspectives LGBTQ+, le festival image+nation profite des célébrations de son 35e anniversaire pour proposer, entre autres, deux sections spéciales qui permettent de porter un nouveau regard sur ces deux pays minés par le conflit.

La première est une rétrospective consacrée au cinéma ukrainien LGBTQ+. On y retrouve quatre longs métrages, dont la moitié a été réalisée alors que son territoire faisait encore partie de l’URSS, quand l’homosexualité était criminalisée. Shadows of Forgotten Ancestors (1964), de Sergueï Paradjanov, et Ivin A. (1990), de Igor Chernitskiy, ont ainsi en commun de pourfendre la bien-pensance soviétique de l’époque et soumettent deux récits encore novateurs plusieurs décennies après leur sortie. Stop-Zemlia (2021) de Kateryna Gornostai et My father is my mother’s brother (2018) de Vadym Ilkov sont quant à eux une fiction et un documentaire qui explorent l’état émotionnel de la jeunesse ukrainienne aujourd’hui. À noter que la sélection de courts métrages « Guerrier·ère·s queers » souligne la lutte de ces personnes alors que la guerre fait rage.

Pour marquer son soutien aux Iraniennes et aux Iraniens qui n’ont cessé de se révolter depuis le décès de Mahsa Amini survenu le 16 septembre dernier à la suite de son arrestation par la police des moeurs de Téhéran, image+nation invite ses festivaliers à découvrir son programme de courts métrages faits par et pour les femmes en Iran afin de porter haut et fort leur désir de liberté. Les récents Lost Swan, d’Ehsan Abbasi, et The Aquarium, de Fatemeh Askarpour et Elyas Askarpour, abordent par exemple la transidentité à travers deux narrations originales. Rappelons qu’en Iran, il n’existe aucun droit protégeant les personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles ou transgenres, et que les relations sexuelles hors mariage hétérosexuel sont illégales.

Du côté des productions locales

 

Les habitués d’image+nation savent aussi à quel point le festival est un incontournable pour dénicher des perles rares canadiennes, comme ce fut le cas récemment avec les présentations de Shiva Baby, de la Torontoise Emma Seligman, et de Wildhood, du Néo-Écossais Bretten Hannam. Cette année, les cinéphiles auront l’occasion de découvrir en avant-première la websérie comique de Télé-Québec Nichole et le documentaire de Julie Vaillancourt, Dominique Bourque et Johanne Coulombe Amazones d’hier, lesbiennes d’aujourd’hui : 40 ans plus tard, qui revient sur le collectif et la revue lesbienne radicale du même nom publiée pendant plus de trente ans. Enfin, image+nation ne serait pas le même sans ses traditionnels cycles que sont Indigiqueer/Voix autochtones et Voix émergentes.

Gros plan sur le film d’ouverture

Le festival image+nation fait faire un bond dans le passé au public, jusque dans le Montréal des années 1980, grâce à son film d’ouverture, Rosie de Gail Maurice, projeté le 18 novembre à 19 h au cinéma Impérial. Il s’agit du premier long métrage de fiction de la cinéaste et comédienne originaire de la Saskatchewan qui a grandi en parlant l’anglais et le michif, cette langue métisse combinant le cri et le français.

Rosie raconte l’histoire haute en couleur et pleine d’amour de cette jeune fille autochtone qui n’a d’autre choix que d’aller vivre avec sa tante artiste, Fred, après la mort de sa mère.

Amélie Revert

Festival image+nation

En salle et en ligne, du 17 au 27 novembre



À voir en vidéo