«Glass Onion: A Knives Out Mystery»: le club des 1% n’a qu’à bien se tenir

Le scénariste, réalisateur et producteur Rian Johnson en pleine action lors du tournage de «Glass Onion: A Knives Out Mystery»
Photo: Netflix Le scénariste, réalisateur et producteur Rian Johnson en pleine action lors du tournage de «Glass Onion: A Knives Out Mystery»

Ce devait être un séjour festif, l’occasion pour un groupe de vieux amis de renouer. Avec pour décor une île grecque privée, que demander de mieux ? Mais voici qu’un premier meurtre survient, puis un second… Heureusement, le célèbre détective Benoit Blanc, incarné par Daniel Craig, est sur place pour confondre l’assassin qui se cache parmi les convives. Au cinéma le 23 novembre et sur Netflix le 23 décembre, Glass Onion. Une histoire à couteaux tirés (V.F. de Glass Onion: A Knives Out Mystery) réunit le cinéaste Rian Johnson et la star, trois ans après le succès surprise de Knives Out (À couteaux tirés). Le premier participait lundi à une conférence visant à parler de sa nouvelle comédie policière… tout en gardant entier le mystère l’entourant.

Plusieurs membres de la distribution étaient présents à l’événement virtuel, dont Edward Norton (Fight Club), Janelle Monáe (Moonlight), Kathryn Hahn (WandaVision), Kate Hudson (Almost Famous) et Leslie Odom Jr. (One Night in Miami). Ne manquait, outre Daniel Craig, malade ce matin-là, que Dave Bautista, accaparé par le tournage du très attendu second volet de Dune, de Denis Villeneuve.

« Déjà pendant le tournage de Knives Out, Daniel et moi avions tellement de plaisir qu’on se disait que si le film connaissait un succès même minime, ce serait génial d’en faire davantage », confie Rian Johnson.

Pour mémoire, le scénariste, réalisateur et producteur a vendu pour près d’un demi-milliard $US à Netflix les droits pour deux suites, après que Knives Out eut reçu une nomination à l’Oscar du meilleur scénario original et engrangé plus de 310 millions de recettes pour un budget, modeste à Hollywood, de 40 millions de dollars.

En l’occurrence, l’argent est au coeur de l’intrigue de ce deuxième volet qui, à l’instar du récent Triangle of Sadness (Sans filtre), prend pour cible les ultrariches.

L’influence d’Agatha Christie

Dans Glass Onion, le représentant du fameux« club des 1 % » se nomme Miles Bron et est un magnat des technologies de pointe. Hôte de ses retrouvailles qui tournent en eau de boudin, il est arriviste, sans scrupules, et il est incarné avec une délectation manifeste par Edward Norton.

« Mon personnage n’a jamais eu une idée originale de sa vie, note le comédien. Je l’ai approché comme la chanson de Carly Simon You’re So Vain [la chanteuse s’y adresse à un narcissique qui croira à tort être le sujet de la chanson]. Je crois qu’il y a plusieurs “techno-illuminés” qui vont penser, à tort mais souvent à raison, que ce personnage les parodie. »

Les nantis passaient déjà à la moulinette satirique dans Knives Out. Or, en filigrane des rires et des sinuosités narratives, Rian Johnson s’intéressait alors surtout aux iniquités sociales, aux classes et au racisme « poli ». Dans Glass Onion, le cinéaste rempile avec la formule éprouvée du whodunit (« qui a fait le coup ? ») pour divertir au premier niveau, et faire réfléchir au second.

Photo: Netflix Daniel Craig, qui a dit adieu à James Bond l’an passé, ne pouvait trouver partition plus dissemblable à celle de 007 : son personnage de Benoit Blanc est parfait pour se refaire une virginité d’acteur.

« D’emblée, lorsque Daniel et moi évoquions la possibilité de poursuivre la série, nous avions établi que notre modus operandi consisterait à proposer des aventures autonomes les unes des autres, dans des lieux et avec des galeries de personnages différents. À la manière d’Agatha Christie avec ses romans, au fond. Il ne s’agissait pas simplement d’appliquer une recette de whodunit : elle mélangeait les genres, elle inventait des histoires complètement folles et mettait au point des propositions narratives complètement inédites ; elle savait garder le public aux aguets. Chaque roman avait une raison d’être bien à lui. »

On l’aura compris, Rian Johnson revendique haut et fort l’influence de la Reine du crime sur son projet cinématographique au long cours.

Benoit Blanc, queer

Si, dans le film, les personnages sont tous plus égoïstes et fourbes les uns que les autres, en coulisses, leurs interprètes décrivent un véritable esprit de corps. Heureusement, car lors du tournage en Grèce, la pandémie obligeait à maintenir une bulle.

« Devant la caméra, pendant les pauses, les jours de repos : on était tout le temps ensemble, explique Kathryn Hahn, qui décrit un tournage en état de grâce. Nous étions comme une troupe de théâtre. Il y avait une réelle camaraderie. Pendant que l’un de nous filmait sa scène, le reste de la distribution se tenait derrière la caméra, à regarder et à encourager notre collègue. »

Il faut dire que dès la première soirée de présentations chez Daniel Craig, la bonne humeur était au rendez-vous.

 

« Je revois Daniel, portant des espadrilles et une chemise saumon en lin, nous servant des cocktails ; le raffinement… Il y a plus de Benoit dans Daniel qu’aucun autre de ses personnages », lance Edward Norton, sourire en coin.

Lui qui a dit adieu à James Bond l’an passé, Daniel Craig ne pouvait trouver partition plus dissemblable à celle de 007 : parfait pour se refaire une virginité d’acteur (son numéro de danse dans la nouvelle pub de vodka signée Taika Waititi participe de la même démarche). Avec son accent vaguement sudiste et ses manières de dandy, Benoit Blanc s’apparente à un Hercule Poirot sexy. Et il s’amuse ferme, Daniel Craig.

D’autant que dans ce film-ci, Rian Johnson a décidé d’établir hors de tout doute la « queer-itude » de Blanc en s’assurant, pour l’occasion, la participation d’une vedette dont on taira le nom.

À ce propos, le film est ponctué d’une foule d’apparitions spéciales. Mention spéciale à celle d’Angela Lansbury, décédée en octobre, et qui interpréta pendant près de 20 ans la détective amateur Jessica Fletcher dans la série Murder, She Wrote (Elle écrit au meurtre). L’actrice joua également, et on revient ici à la filière Agatha Christie, l’autre détective emblématique de l’autrice : Miss Marple, dans The Mirror Crack’d (Le miroir se brisa, 1980), ainsi qu’une hilarante romancière alcoolique dans Death on the Nile (Mort sur le Nil, 1978), d’après le best-seller du même nom.

« Nous surfons en ce moment sur une belle vague de meurtre et mystère : j’ai l’impression que les gens redécouvrent ce genre, le public autant que les cinéastes. J’ai grandi avec les adaptations des années 1970-1980 d’Agatha Christie : je me souviens les avoir vues et revues avec ma famille, et l’impact qu’elles ont eu sur moi. Toutes ces années plus tard, je trouve ça tellement cool de discuter avec des amis qui ont des enfants de l’âge que j’avais alors, et qui découvrent à leur tour ce genre de film. »

Le film Glass Onion: A Knives Out Mystery sort en salle le 23 novembre,
puis sur Netflix le 23 décembre.

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